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jeudi 12 août 2021

Août

 (Petite parenthèse personnelle à destination de S. Ce blog perd une fidèle lectrice. J'espère que la connexion est bonne là-haut et que tu pourras continuer à suivre. Je sais que Papa et toi aurez beaucoup de choses à vous raconter.)

Enfin, voilà, on y est : les vacances. 

Après une semaine à la maison consacrée à faire du vide (je n'irai pas jusqu'à dire du rangement...), nous voilà donc dans le Kerry, et même plus exactement dans la péninsule de Beara. Il se confirme que j'aime vraiment beaucoup cette partie de l'Irlande, encore plus jolie en été qu'au printemps car beaucoup plus verte avec une végétation luxuriante.




Nous profitons du calme et de la superbe vue de notre gîte, les enfants nourrissent les canards et sautent sur le trampoline, on grimpe dans le champ de moutons derrière la maison, on visite des lieux magiques en passant par les petites routes bucoliques.



On a même fait une randonnée (pas très longue, mais très sympa, et déjà bien assez sportive pour les ramollis que nous sommes sauf Dragon2 qui a couru devant tout du long) et utilisé notre "pass sanitaire" (ici, ça s'appelle simplement un certificat de vaccination) pour manger au restaurant (première fois depuis 1 an !). Les vaccinations avancent bien, ils viennent d'ouvrir pour les 12-15 ans et j'ai inscrit Dragon1 pour sa première dose.





On s'attache à tenter de mettre de côté les préoccupations de ces derniers temps, même si ce n'est pas facile. Monsieur Dragon a des échéances au boulot, je n'ai toujours pas de solution de garde pour la rentrée, et notre prêt avance, mais à chaque étape il y a de nouveaux papiers, de nouveaux justificatifs, un item de plus à rajouter sur la TO-DO list.

A cela s'ajoutent les petites contrariétés qui ben, contrarient, comme la fenêtre de la voiture qui ne ferme plus, ou bien le hoodie préféré de Dragon1 laissé au restaurant (justement !) à 1 heure de route d'ici et qu'il va falloir trouver le moyen de récupérer vu qu'ils ont été assez gentils pour nous le mettre de côté.

Le temps est très irlandais : assez doux et variable, avec quelques rayons de soleil entre les averses. Parfois, c'est plus de la bruine continue, comme si on habitait dans un nuage, parfois c'est un grand vent qui chasse tout devant. Ca donne de très jolies lumières en tout cas.




Je pense beaucoup à Papi, puisqu'on repasse aux endroits qu'on avait visité avec lui, et qu'il aimait beaucoup ces lieux sauvages.

Ce matin, c'est cocooning et repos, en regardant le vent et la pluie par la fenêtre. Cet après-midi, on a rendez-vous au centre équestre (espérons que le temps aura changé d'ici là !)


mardi 9 mars 2021

Lockdown 3 : anniversaires

 Ce fut une semaine un peu particulière. J'étais en congés, et les dragonnets ont fêté leurs anniversaires. 10 et 12, on abandonne définitivement les gâteaux avec un seul chiffre-bougie. C'était beaucoup moins animé que l'année dernière, forcément. Pas de copains à la maison, pas de cousins, ni même de reptiles à caresser, mais J. a quand même trimé dur sur les gâteaux et y avait des bonbons, alors ça va.






C'est un peu dur de se remotiver à reprendre le boulot, les études et le homeschool après ça. Hier était aussi un jour particulier, car J. n'est pas venue (un proche de sa famille est décédé) et c'est MonsieurDragon qui a assuré l'école à la maison. (D'après Dragon1, il n'est pas trop sévère, ça va :) Le pauvre aurait sans doute aimé utiliser son jour de congé à autre chose car c'est difficile, moralement, en ce moment. 

Heureusement, le ministère a confirmé aujourd'hui que les dragonnets reprendraient bien le chemin de l'école comme prévu lundi prochain, et j'espère que ça nous aidera à reprendre un peu pied. Dragon1 a enfin reçu son ordinateur personnel, et va l'utiliser cette semaine à la maison pour se faire la main. Quelque part c'est heureux, car il tape quasiment tous ses devoirs à la maison, et s'il avait fallu retourner au tout-papier à l'école il aurait sans doute râlé. Ca va nous permettre de récupérer mon vieux Mac (12 ans, comme Dragon1 !) pour commencer à initier Dragon2 au clavier. J'ai comme dans l'idée que tôt ou tard, ce sera pareil pour lui.

En parlant de vieilles choses, Roger a refait un tour dans la dépanneuse, cette fois pour une histoire de fusible qui avait sauté. Les 3 personnes que j'ai croisées au garage aujourd'hui m'ont saluée par mon prénom, j'imagine que je dois avoir ma photo dans la "cliente du mois". Du coup, c'est la goutte qui me pousse à m'activer pour trouver une voiture de remplacement (ça et la vignette qui doit être renouvelée en fin de mois et que je n'ai pas vraiment envie de payer...) Mais que c'est cher et compliqué... Moi j'aimerais bien pouvoir acheter une voiture comme une paire de chaussure : je rentre dans le magasin, j'en repère une qui me plait, je l'essaie, je suis bien dedans, je paie et je repars avec. Mais en fait non. Donc bon, tant pis, mais quand même, qu'est-ce que j'aime pas ça faire l'adulte.


vendredi 21 août 2020

Vacances : semaine 8

 Enfin, ce ne sont plus vraiment les vacances, et pas encore tout à fait le "nouveau normal".

Le contraste est rude avec la semaine dernière : planning plein au boulot, pluie et grisaille, tempête, reconfinement et nouvelles restrictions, décès, gros meltdown... On le sent bien, le retour à la réalité là.

De clusters en house party, les chiffres du coronavirus sont mauvais, l'Irlande est passée en quinze jours de 15 cas par jour à 80 voire 200... Trois comtés ont été reconfinés, la Phase 4 (la phase finale qui devait permettre de revenir "à la normale") a été annulée, et des nouvelles restrictions ont été mises en place. Pour nous, ça ne change rien (on n'a même pas 6 amis à inviter chez nous, MonsieurDragon travaille encore depuis la maison et on ne participe à aucune activité intérieure ou extérieure qui doivent se limiter à 15 personnes). Mais pour bon nombre de personnes, c'est vécu difficilement. D'autant plus difficile que les messages sont moins clairs qu'avec le gouvernement précédent (genre pas plus de 15 personnes sauf pour les mariages et les messes où on peut être 50...) et que les hommes politiques appliquent le "faites ce que je dis, pas ce que je fais" (le président du comité de tourisme irlandais qui part en vacances en Italie, où les membres du Sénat qui se réunissent à 80 dans un hôtel pour un événement mondain lié au club de golf...) Ce genre d'attitude ne se pardonne pas quand tout le monde en a déjà assez, et que de nouveaux efforts sont demandés.

Dragon1 a commencé une semaine de "summer camp virtuel" avec SMH. Différents intervenants organisent des petits jeux et des activités sur zoom avec un groupe de 5 enfants, et il a l'air de bien aimer. Mais mercredi, l'expérience scientifique pour faire du slime n'a pas marché, et ça a été le déclencheur pour un méga-meltdown. Compliqué à gérer, quand Monsieur est en conférence-call à l'étage. Ca m'a secouée pour la journée. Et ravivé mes craintes, parce qu'on est passé de "tout va bien" à "apocalypse" en un battement de cil, et que je n'ai aucune idée de comment on aurait pu enrayer, et de quoi faire si la même chose se produit à l'école. L'OT est bien gentille, mais quand Dragon1 crie et hurle et frappe, je peux bien lui proposer de compter ses respirations, mais spoiler : ça ne marche pas. Bref. J'imagine que c'est sa façon à lui de décharger après la semaine bien chargée, et face à l'angoisse qui monte.

On a commencé un programme de sevrage des écrans. Pas besoin de trop changer les habitudes de coucher ni celles du lever, vu qu'on a gardé les mêmes depuis le début, c'est toujours ça de moins.

J. notre childminder, a perdu un très bon ami récemment d'un cancer foudroyant (3 mois entre le diagnostic et le décès, certainement que la prise en charge tardive liée aux mesures covid n'a pas aidé). Bref, c'est pas la grande joie.

Pour ajouter une cerise sur le gâteau, il pleut sans discontinuer depuis 4 jours, et Storm Ellen nous a rendu visite hier soir (sans trop de dégâts).

Mais bon, il faut bien s'y faire, on ne va pas vers les beaux jours. Au moins, j'ai été officiellement acceptée à ma formation d'allergologie. C'est à la fois enthousiasmant et un peu inquiétant, vu que ça va rajouter une couche de travail et de tracas sur une assiette déjà bien pleine, mais on verra. J'arrive à peine à me projeter dans 2 semaines, alors Octobre c'est vraiment loin. Les livres sont couverts, mais une partie de moi redoute encore que la rentrée ne se fasse pas.

Monsieur Dragon a du passer au travail pour la première fois en 6 mois pour récupérer ses affaires : puisque les locaux sont vides, BigCompany va en profiter pour faire des travaux. Le télétravail reste à l'ordre du jour au moins pour les 9 prochains mois.

Le bébé de 6 mois que j'examinais l'autre jour me faisait de grands sourires malgré mon masque, et quand j'en ai fait la remarque aux parents ils m'ont répondu : "Mais c'est normal, docteur. Depuis sa naissance, il ne voit quasiment que des gens masqués." Comptez sur les enfants pour vous montrer le "nouveau normal".

samedi 6 juin 2020

Coronavirus : semaine 12

On dirait que le coronavirus est un peu passé de mode. La nouveauté s'effrite, le danger ne paraît plus aussi pressant, c'est devenu presque une contrainte ordinaire. Et d'autres événements plus importants ont pris le devant de la scène.

Fin de la phase 1 ce week-end ici, on entre en phase 2 lundi. Concrètement, ce que ça veut dire :
  • Fin des 5 km, on peut se déplacer dans le county (ou en dehors si on est près d'une limite mais dans un rayon de 20 km), mais pas encore dans le reste du pays ni à l'étranger.
  • Le droit d'aller voir des gens chez eux (à condition de de pas dépasser 6 personnes par visite)
  • Tous les magasins qui ont mis en place les bonnes mesures ont le droit de ré-ouvrir (youhou, on va pouvoir envisager de racheter des baskets à Dragon2 - dont le voisin a fini par retrouver la tong ;) - mais qui a tellement grandi des pieds au cours des 3 derniers mois qu'il ne rentre plus dans ses chaussures...)
  • Ré-ouverture des aires de jeux en plein air (\o/)
  • Reprise des entraînements sportifs et autorisation des camps et activités en petits comité, notamment pour les enfants.
Bref, pour le coup, ça ressemble plus à du déconfinement.
Ca va faire du bien, ça devient compliqué de rester toujours dans les mêmes schémas.

Le beau temps s'est arrêté du jour au lendemain. Lundi (c'était férié), il faisait 24°C et nous étions en T shirt au parc à donner des petits pois à la famille cygne (dont les petits ont bien grandi !) et mardi il faisait 15°C avec du vent et de la pluie (pas beaucoup cela dit, c'est encore très sec). Retour aux imperméables et aux chaussettes.



Cette semaine a été plus compliquée pour les dragonnets aussi, Dragon1 en particulier. Beaucoup plus "à fleur de peau", les émotions font le yo-yo entre le rire démesuré et les colères pour 3 fois rien, voire la grosse crise d'anxiété/tristesse du soir où il a fini par s'endormir épuisé sur le canapé après avoir pleuré plus d'une heure sans pouvoir être consolé. Fallait que ça sorte j'imagine.
C'est Monsieur Dragon qui a géré de façon exemplaire, mais faut reconnaître que ça pompe votre énergie, ce genre d'épisode. 

Ca pousse... Dragon1 est très fier de sa première queue de cheval.


Dragon2 lui, c'est un peu différent. Déjà, il n'écoute rien, mais ça c'est pas nouveau. Juste pire. Mais il a pris la curieuse habitude de démonter son lit quand il est seul dans sa chambre, et deux soirs en montant me coucher je l'ai retrouvé soit dormant sur le sol dans sa couette, soit à cheval sur le matelas à moitié en dehors du sommier. 
Hier, il m'a dit un truc qui m'a marquée. On parlait de la vie comme d'une rivière. "Dans ma rivière, il y a deux cascades. La première, c'est quand Papi est mort. Et après c'est redevenu normal, et maintenant c'est la cascade du coronavirus, sauf qu'elle continue encore et que je voudrais que ça s'arrête." (Notez que la grosse cascade du déménagement en Irlande n'y est pas, mais il faut reconnaître qu'il était encore bien petit, quand on y pense...)



Les fabuleuses aventures de Lightning Lizard


Du coup, entre poussière et pollen, il a les yeux d'un lapin myxomateux et le nez tout croûteux, mais bien qu'il se gratte constamment (coucou, les gestes barrières...) il ne se plaint de rien et c'est la croix et la bannière pour lui mettre gouttes et pommade. 

Franchement, des fois, j'ai l'impression d'avoir encore des 2-3 ans, sauf qu'ils font 40 kg quoi...

Mais y a aussi des bons moments, hein, comme cette séance de Just Dance en famille où on s'est bien éclatés tous les 3, ou notre petit quart d'heure de lecture du soir où je leur fais découvrir les livres que j'aimais lire à leur âge. 
Dragon2 en est à 235 livres lus sur son application de lecture depuis le début du confinement, je crois que le virus lecture est définitivement implanté.

De mon côté, couci-couça. Grosse migraine samedi dernier dont j'ai mis un jour ou deux à me remettre totalement. Je me débats un peu dans la relation employeur/employé, c'est pas toujours évident. J. est plus âgée que moi, elle a beaucoup d'expérience, et jusqu'à présent elle a surtout travaillé avec des familles où les parents étaient absents voire démissionnaires et où donc elle était libre de définir ses propres règles avec les enfants. Qui la plupart du temps sont les mêmes que les nôtres, mais pas toujours, et je ne trouve franchement pas facile de devoir le lui dire, tout en ne sapant pas son autorité auprès des enfants. Certaines remarques aussi me blessent parfois personnellement, comme sa façon d'insister pour que je parte ailleurs quand il s'agit de faire travailler les enfants, ou de noter à quel point le prof est bien meilleur en Irish que moi (sans blagues !), donc c'est vraiment pas la peine que j'essaie d'aider Dragon1 avec ses devoirs.

Je veux dire c'est comme les dames à la crèche qui te disent que ton bébé est adorable et mange de tout avec elles alors que c'est un petit démon à la maison : c'est un énorme poussoir à bouton "culpabilité maman" (et Dieu sait qu'il se déclenche pour un rien chez moi).
Et c'est un travail aussi, et ça me demande de l'énergie, de reconnaître que non, je ne fais pas du si mauvais boulot, que ça ne se passe pas mieux quand elle est seule avec eux (témoin Monsieur Dragon qui était là cette semaine), et que j'ai le droit de vouloir m'impliquer dans le travail scolaire de mes enfants même si elle juge que ce n'est pas ma place.
Bref, nous avons beaucoup de chance de l'avoir, et ça nous soulage beaucoup, mais il n'y a pas de solution parfaite j'imagine, et oui, j'admets, je me sens mieux quand elle quitte la maison et qu'on peut se retrouver "entre nous".

Je suis aussi assez affolée par les événements aux USA, je ne vois pas comment ça pourrait bien se terminer.

Du coup voilà, c'est pas l'euphorie cette semaine, mais c'était bien cool d'avoir Monsieur Dragon pour m'aider et me soutenir, et quand même, hein, je suis bien fière de nous, en tant que couple, et en tant que parents. Que ce soit dit !





mercredi 13 mai 2020

Coronavirus : semaine 9

Pas grand-chose à dire cette semaine.

Dernière semaine officielle de confinement, même si, d'après le plan du gouvernement, les mesures ne vont pas changer grand-chose pour nous, dans l'immédiat. Certains magasins de plein air sont autorisés à rouvrir, et les gens peuvent de nouveau se rencontrer en lieux non-clos par groupe de 4 maximum, mais ça ne va pas révolutionner nos vies.

Une chose est sûre, c'est qu'on ne dépense pas beaucoup. J'attends de savoir quand nous pourrons racheter des tongs à Dragon2 qui a balancé la sienne par-dessus le mur du jardin (une enquête rapide chez les voisins montre qu'elle s'est volatilisée quelque part dans l'espace aérien...). J'ai des désirs simples.

Je réalise doucement que, confinés, pas confinés, il n'y aura pas de changement majeur dans nos vies avant Septembre. Que, fin juin, ce sera la même routine, le travail scolaire en moins, pour chercher comment occuper les enfants. Qu'il ne sera sans doute pas question de stage de karaté ou de club d'échecs cet été. Qu'on sera bien heureux si on arrive à se refaire 3 jours en BnB dans un coin sympa du pays. Ca me déprime un peu, à vrai dire.

Cette semaine, aussi, je pense beaucoup à mon papa. Tous les jours, comme l'année dernière, y a un petit compte à rebours dans ma tête. Plus on approche du 17 mai, plus je suis triste. 2 ans. Pour être honnête, ça me paraît une éternité. C'est pas possible que ça ne fasse que 2 ans, il me manque depuis bien plus longtemps.

Je suis contente que le Growing Up Day de Dragon2 soit annulé. Je redoutais ++ d'avoir à faire semblant d'être heureuse alors que la seule chose que ça évoque pour moi, c'est la totale insouciance, la joie et la désinvolture avec laquelle j'ai échangé deux mots banals avec mon père au téléphone ce soir-là, et que c'était les derniers que nous aurions jamais. C'est triste pour les autres élèves de la classe, certain(e)s attendaient ça avec impatience, mais honnêtement je crois que ça arrange aussi Dragon2. Il y aura une petite cérémonie en visio à la fin de l'année, ça sera bien suffisant.

Dragon1 disait aujourd'hui qu'il n'avait pas vraiment envie de retourner à l'école de toutes façons, parce qu'il n'aime pas les changements et que maintenant il préfère travailler à la maison. On n'est pas tirés d'affaire, moi je vous dis.

mercredi 15 avril 2020

Coronavirus : semaine... 5 ?

5, 6, 8 ?
Le temps devient flou, il est plus difficile de le quantifier en confinement.

Le temps fait son oeuvre aussi, cette belle (ou non) magie qui fait qu'on s'habitue à tout. Après la quête panique d'informations sur le coronavirus, j'arrive au stade de la lassitude. Trop d'infos tue l'info. Y a-t-il encore des choses qui n'ont pas été dites ?  "Ya beaucoup de gens qui l'ont fait sans le savoir". "En fait non, en population, seule une toute petite partie est immunisée". Que représentent les chiffres ? Qu'est-ce qu'on compte exactement ?
Je sature de cette cacophonie d'opinions mélangées aux faits, de chiffres et de graphes. J'en conçois l'importance, mais elle ne me touche plus avec la même intensité. Les chiffres maintenant, c'est pour les décideurs, ceux qui se retrouvent à devoir mener notre barque (oui gouverner) parmi les écueils.

On s'habitue. Sûr, c'est plus facile quand on a de la compagnie, des revenus et un jardin.

La maison, loin d'être une prison, est devenu un habitacle protégé. Ici, nous vivons à 4, dans notre monde clos, où apparaît J de temps à autre. Je pense à ces séries SF, "The Expanse" ou autre, où les colons martiens ou Belters n'ont jamais rien connu d'autre que leur gravité artificielle et leur petite cabine spatiale. En sortant, pour le travail ou les courses, j'ai de plus en plus l'impression de naviguer entre ces bulles que sont le travail, la maison, le supermarché. Je m'équipe, mentalement et bientôt sans doute physiquement, pour sortir, et je rêve d'un petit sas à l'entrée de chez moi où laisser le monde extérieur contaminé. Le supermarché ou le travail ressemblent à des sorties extra-véhiculaires : on fait ce qu'on a à faire, mais il faut garder présent à l'esprit, tout le temps, les règles de sécurité. Les intégrer jusqu'à ce que ça fasse partie de nous. Ces séries qui font paraître normaux des gestes qui ne nous sont pas du tout naturels ont toujours été fascinantes pour moi.



Lentement, cette image s'impose à moi. Le virus est là. Jusqu'à ce qu'on ait un vaccin, où que la majeure partie d'entre nous y soit passée, il restera. Les mesures prises dans l'urgence et, oui un peu la panique, vont devoir faire place à une toute autre réflexion, celle de comment "faire avec". Et ça, personne ne sait trop comment faire, donc il y aura encore beaucoup de tatonnements et de consignes contradictoires. Tout le monde regarde la copie de son voisin, mais personne n'a le corrigé.

L'économie va souffrir. Indéniablement. Ceux à qui elle profitait voudront revenir à l'état d'avant. Je ne suis pas certaine que ce soit le meilleur chemin. Je n'en sais rien.
Ce ne sont pas des pensées très optimistes. Après le choc, le déni, la colère, la tristesse. Le temps fait son oeuvre.

Advienne que pourra. A titre très personnel et égoïste, je me réjouis du travail effectué depuis un an ou deux dans notre petite famille à écailles. Il y a bien eu un gros meltdown de Dragon1 (pile à la date où nous aurions dû atterrir en France), et oui, la routine du soir avec Dragon2 consiste à le recadrer et répéter encore et toujours les mêmes rengaines tant il se perd en chemin, mais honnêtement on s'en sort bien. Témoins ces quatre jours de vacances où la seule fois où nous avons déverrouillé la porte d'entrée fut pour ouvrir au livreur du restaurant local. Là où on passait pour des rustres asociaux nous sommes devenus une famille exemplaire - sans rien changer dans nos habitudes.


Bugnes et chocolat !

Les dragons se reposent

2 naufragés sur leur bateau


Certes, quand on pense à l'année dernière, on est nostalgiques. C'était cool la chasse aux oeufs entre cousins, à 16 dans une seule maison. C'était cool de passer des heures à écouter les copains papoter en sirotant une bière à l'ombre en bonne compagnie. Ca manque. J'espère que nous pourrons de nouveau le faire. Mais les groupes WhatsApp s'animent, les échanges se font, on se voit en haché et quadrillé par caméra interposée. Et ça fait du bien.

Le temps est flou. Personne ne sait très bien où on va. Les volcans explosent, les criquets s'abattent, Tchernobyl se réveille, le virus passe et parfois terrasse. Le temps, lui, continue, comme toujours, ni plus ni moins. On s'habitue. Comme toutes les générations avant nous. Et comme le feront celles d'après. Pour nous, il n'y a que l'ici et maintenant.

samedi 8 juin 2019

Juin

Il n'y a pas eu de publications en Mai, parce que, eh ben parce que c'est un mois compliqué.

Pour résumer, Monsieur Dragon a enfin obtenu sa promotion tant méritée, on m'a offert un poste en néonat dans un hôpital Dublinois à partir de juillet que j'ai refusé après beaucoup d'hésitation, parce que je ne m'en sentais pas capable. J'ai terminé mon "groupe parental" et ça m'a beaucoup fait réfléchir et avancer, j'ai continué à lire sur l'autisme féminin en écarquillant les yeux, j'ai voté aux élections locales pour la première fois, Monsieur Dragon et moi avons décidé de rester en Irlande quelques années de plus, et donc d'acheter une maison ici pour arrêter de payer des loyers exorbitants.

Avec en filigrane, toujours, l'étrange compte à rebours de l'anniversaire de la mort de Papa, les flashs qui reviennent, cet étrange sentiment d'impossible que ça fasse déjà 1 an, seulement 1 an, alors qu'on a l'impression d'avoir basculé dans une dimension parallèle où il n'est juste plus là. Très bizarre.

Bref, ça a beaucoup bouillonné dans ma tête en ce mois de Mai, et j'étais incapable de poser quoique ce soit sur le papier (ou sur le clavier plus exactement).

Mais il se trouvait aussi que Mai c'était la période choisie par les amis de Monsieur Dragon pour organiser leur première convention, et qu'on a choisi d'y aller, et tant qu'à se déplacer, de prendre une semaine de congés (hors vacances scolaires, ouh !) pour passer du temps en famille. Et je m'en réjouis.
C'était vraiment bien, c'était nécessaire, ça m'a fait beaucoup de bien de revoir Maman pile à ce moment-là, il a fait très beau et j'ai passé 3 super jours à glander et socialiser avec les amis de Monsieur, sans rien avoir d'autre à penser, et c'était vraiment chouette.





Cette semaine de reprise du coup a été un peu chaotique, on n'a pas encore vraiment repris le rythme. Déjà parce que le virus conjonctivite-angine que Dragon1 a emmené en France et s'est traîné pendant son séjour là-bas a eu le temps d'incuber et de se développer chez son frère. L'école n'a trop rien dit mardi pour ses yeux un peu rouges (leur politique c'est que les enfants avec conjonctivite doivent rester chez eux) mais mercredi il était vraiment fatigué, a pleuré toute la matinée et dormi à l'afterschool tout l'après-midi.
Jeudi matin c'était vraiment pas la grande forme, je bossais avec au moins 6 patients de prévus, Monsieur Dragon avait un rendez-vous à honorer donc ne pouvait pas télétravailler... J'ai même essayé d'appeler une des mamans de l'école pour voir si elle pourrait le garder mais elle aussi était occupée. Pour finir, je l'ai emmené avec moi et ça s'est bien passé.
Il a vraiment été très sage, a joué un peu avec sa tablette dans le bureau de l'infirmière puis s'est reposé sur un brancard en regardant la télé de la salle, a pris son repas sans sa lunchbox quand il a eu faim et a été très discret (preuve, s'il en faut, qu'il n'était pas tout à fait lui-même ;)
Et son frère n'a pas fait de grosse crise de jalousie comme je le redoutais, donc c'était bien.
Il a encore un peu mal à la gorge, mais le plus dur est passé je dirais. Espérons que c'est la fin de ce virus !

La semaine prochaine, Monsieur Dragon est en déplacement aux US. J'ai enfin rendez-vous avec l'équipe de psy pour rencontrer Dragon2 (pile le jour de la sortie scolaire, pour bien faire, qu'il va devoir rater parce que trop juste au niveau des horaires...), un autre rendez-vous chez le dentiste (pas pour la Tooth of Doom qui - touchons du bois ! - va bien, mais pour une autre carie qu'elle a découvert la dernière fois...), je dois participer avec l'association de parents d'élèves à un petit goûter qu'on organise pour le personnel de l'école, bref on sera encore bien occupés !

Bien que mon contrat se termine officiellement le 14 juillet, le mi-temps et les congés qu'il me restent font que je n'ai plus que 8 jours à bosser. Je ne sais toujours rien sur la suite, et je n'ai pas envie de me prendre la tête pour ça. On dirait bien que je suis libre de m'organiser cet été comme je le sens. A un moment ou un autre, faudra bien se poser la question de trouver des sous, quand même, mais dans un premier temps disons qu'on va compter sur les économies de garde d'enfant...

Bref, c'est très confus tout ça, mais plutôt du bon confus, du genre qui te fais faire une pause pour définir tes priorités. C'est toujours mieux que de s'épuiser à faire ce que veulent les autres sans penser à soi.

jeudi 2 mai 2019

Roger et Papa

Voilà, les vacances sont terminées, le mois de Mai est déjà installé, c'est officiellement météorologiquement l'été en Irlande. Bon la seule différence avec l'hiver et le printemps c'est qu'il fait jour le matin et que les arbres ont des feuilles. Sinon, il fait toujours aussi gris et froid (il paraît qu'il a fait beau et chaud pour Pâques, mais je me demande s'ils ne disent pas ça juste pour me faire bisquer...)

Pour Pâques, moi, j'étais avec les dragonnets et ma famille à Salavas, en Ardèche, et hormis un jour, il n'a pas vraiment fait beau, ni même très chaud :'(

C'était bien de passer du temps ensemble, on a visité la réplique de la grotte Chauvet, et on a enfin planté l'arbre en mémoire de Papi sur son petit bout de terrain (sous la pluie, très déprimant).






Presque un an...

On dirait que c'était une autre vie, une vie d'avant où mon papa était vivant, et pourtant, je suis dans les mêmes problématiques que l'an dernier, AVANT...

Le Growing Up Day qu'il faut organiser à l'école pour les élèves de 2nd class (en tant que futurs 2nd class, les parents de 1st class sont mis à contribution)

La Tooth of Doom, qui, après avoir dû annuler le rendez-vous initial l'an dernier pour cause de funérailles, va enfin recevoir sa couronne et pouvoir (je l'espère) passer au niveau des affaires réglées.

Le contrôle technique de la voiture, que j'ai dû annuler l'an dernier, puis passer et re-passer parce que y avait toujours un truc qui n'allait pas, qui revient cette année... Roger est mal en point. Roger m'a fait peur sur l'autoroute initialement. Le garage l'a vu une fois, a branché sa tablette, a dit "All good!" Sauf que Roger a recommencé. Le garage l'a revu, a re-branché sa tablette, a re-dit "All good", et j'ai répondu "Not all good" et je suis partie en vacances en leur laissant Roger.
Quand je suis revenue le garage a dit "Not all good, not good at all, blablabla shaft, blabla no NCT, blabla 800 € euros"

Bon. A ce stade, je me suis vraiment demandée s'il ne serait pas judicieux de passer Roger en soins palliatifs. Sauf que trouver et acheter une nouvelle voiture en moins de 15 jours (date à laquelle le contrôle technique n'est plus valable) c'est compliqué, que des Rogers plus agés se vendent sur le bon coin à 1600 €, et que le garagiste (qui vend aussi des voitures) a l'air de penser que tout n'est pas désespéré (même si bien sûr il ne jure pas de la santé future de ma voiture...)
Donc voilà, Roger passe au bloc aujourd'hui, avec un peu de chance il sera suffisamment retapé pour passer le contrôle technique la semaine prochaine, et après on réfléchira. Soit on revend en espérant en toucher plus que les travaux, soit on garde en le cantonnant peut-être aux trajets maison-gare et je m'attribue la voiture de Monsieur (qui soit dit en passant n'est plus de toute fraîcheur non plus...)

Monsieur Dragon de son côté a fort apprécié ses 4 jours de tranquillité. Il a enfin obtenu la promotion pour laquelle il se démenait depuis l'an dernier. Pour l'instant, ça signifie surtout une augmentation qui va couvrir l'augmentation du loyer, une vraie reconnaissance de son boulot (puisqu'en gros, il bossait déjà au-dessus de son niveau et ça a été régularisé) et on n'en sait pas plus. Les remaniements sont permanents à BigCompany. Ca donne des billes pour demander une mutation, mais on ne sait pas encore si c'est quelque chose qui lui sera proposé. Nous en tous cas, on a déjà décidé qu'on serait encore ici en Septembre, après c'est encore très flou, on n'a pas vraiment de projets.

Mais puisque nous sommes résidents irlandais, et citoyens européens, nous avons le droit de voter localement pour les élections européennes. Du coup, il faut s'inscrire sur les listes électorales, et c'est pas trop trop compliqué, il y a un formulaire à remplir (3 pages, rien du tout) et après il faut aller le signer devant un gardà (un policier) et c'est peut-être le plus long : attendre que quelqu'un se libère et certifie que tu as bien une pièce d'identité à ton nom.
C'est posté maintenant, reste à savoir si ce sera traité à temps pour le 24 mai (suspense, suspense...)

Pour une fois, c'est pas tout à propos des enfants. Promis j'en causerai plus la prochaine fois.

vendredi 11 janvier 2019

Janvier

*Soupir*

Je soupire beaucoup, ces derniers temps. C'est l'effet Janvier. On se sent un peu déphasé après les fêtes, comme alourdi (alors que, gastrite oblige, j'ai été plutôt raisonnable), un peu ensommeillé et comme clignant des yeux en essayant de trouver un sens à cette année 2019 qui nous fait face.

Nous avons passé les fêtes de Noël en famille, c'était à la fois très semblable à toutes les autres fois, et en même temps Papi manquait. Personne pour oublier de me proposer du vin, se resservir une papillote mais pas deux, se réjouir en mettant un CD de chants de Noël, remettre du bois dans le poêle  ou distribuer les cadeaux avec son chapeau rouge et blanc. Il pleuvait un peu au cimetière, j'ai pleuré seule sur mon banc, et puis je suis allée rire en partageant un jeu avec mon frère et ma soeur, parce c'est la plus belle façon d'honorer sa mémoire.

J'ai rattaqué très vite après être rentrée, c'est Monsieur Dragon qui gardait les enfants et faisait la vaisselle pendant que je travaillais. Et tout s'est bien passé. C'était plutôt cool de trouver mes petits geeks tout tranquilles et relax en rentrant du boulot.

Depuis lundi l'école a repris. On ne peut pas dire qu'ils l'attendaient impatiemment, mais ils y sont allés sans trop râler non plus. 
Dragon1 ne quitte plus ses lunettes maintenant : il dit que sa vue a baissé et qu'il y voit vraiment mieux avec tout le temps. Cet après-midi nous sommes retournés chez la psy pour une évaluation supplémentaire. Si j'ai lu correctement entre les lignes de ce qu'elle a dit, certains indicateurs pointent vers une forme d'autisme, et elle voulait évaluer davantage ses capacités de jeu et d'interaction lors d'une séance filmée. Elle nous contactera Monsieur Dragon et moi-même quand elle aura fini d'analyser tout ça. Nous avons repris la mélatonine à la demande de l'intéressé. Le soir où on l'a oubliée, il a joué une partie de la nuit et était crevé le matin. Je n'ai pas eu d'appel de l'école, fort heureusement.

Dragon2 pousse à vue d'oeil. Il grandit et s'allonge, et il a perdu en peu de temps ses mignonnes riquiqui petites dents de lait pour les gros chicots familiaux. La chambre d'inhalation avec le masque s'est cassée dans la valise du retour, du coup on essaie la chambre "de grand", celle où il faut inspirer par la bouche uniquement. Pas certaine de la technique, mais pas certaine non plus qu'il ait vraiment encore besoin de son traitement. On a essayé 1 mois de Singulair sans grosse différence. Son nez reste constamment bouché et une usine à snot, son audition laisse à désirer, je pense qu'il va falloir sérieusement reconsidérer de faire enlever ces végétations...

De mon côté... pareil. D'un côté le chef de service me demande de préparer un grand projet pour désengorger les listes d'attente des consultations, de l'autre l'administration fait la sourde oreille, refuse de me dire ni oui ni non sur la prolongation de mon contrat, et agite son petit sucre en me poussant à faire de l'allergo (rien à foutre si je suis formée ou non, ce qui compte c'est que les chiffres diminuent).
Bref, d'explications en concessions, il semble que nous soyons parvenus à un accord, disons que j'ai obtenu ce matin une date à laquelle je dois commencer les nouvelles consultations (si la salle est libre et les infirmières aussi, et euh, si j'ai un contrat de travail aussi, bien évidemment...) 
Bande de branquignolles.

Bref. Nos vies sont au moins aussi instables que le climat politique US, français ou britannique, au moins on est dans l'air du temps. Deux mois avant le Brexit, rien n'est prévu, personne n'a la moindre idée de ce qui va réellement se passer, on sait juste que ce sera la merde mais don't say it loud dear, stiff upper lip et tout le tralala. A croire que c'est organisé par des gens de l'Administration... #Oh wait !

Comme nous disions avec Monsieur Dragon, cette année 2019 donne une impression de "fin de saison", tu sais, l'épisode où toutes les merdes des épisodes précédents convergent pour créer un nouveau chaos et un bon cliffhanger propice à la Saison 2.

Personnellement, pour l'instant, je trouve que les scénaristes en font un peu trop et que c'est globalement mal écrit. J'aimerais bien qu'on change de showrunner.

(Mandieu, je me franglise à vue d'oeil, regardez-moi tous ces bouts d'anglais qui se glissent ça et là...)

vendredi 14 décembre 2018

It's beginning to feel like Christmas

Oui, ça sent vraiment Noël

Et tant mieux, ce n'est pas trop tôt.

Au final, mes douleurs un peu partout se sont transformées en grosse douleur nocturne, du genre à croire que tu t'es pris un pieu en travers du sternum pendant que tu dormais, et après 3 nuits de ce régime, j'ai fait comme chacun : je suis allée voir mon médecin. Qui m'a dit que je faisais un ulcère et qui m'a mise sous traitement en me menaçant de m'envoyer avaler un tuyau si ça ne marchait pas dans la semaine.
Fort heureusement je me sens mieux, mais j'écope donc d'un mois d'inhibiteurs de la pompe à protons, et je dois éviter plats épicés, alcool, ibuprofène et chocolat... Pile la bonne période pour ça. On garde le tuyau en réserve pour si ça recommence à l'arrêt du traitement. Cool.

Par une étrange non-coïncidence, l'administration, après avoir été copieusement saoûlée par mon chef de service, et sans doute lassée de mes mails, a fini par étendre mon contrat jusqu'au 14 janvier, puisque le nouveau docteur n'arrive que le 15. La directrice aurait même, paraît-il, accepté que je reste 6 mois à mi-temps pour aider à réduire la liste d'attente des consultations de pédiatrie générale, et soutenir le nouveau médecin pendant qu'il se forme à l'allergologie. Après, moi j'ai rien vu d'écrit encore. Mais bon. Les agences d'interim se sont jetées sur mon CV comme un poisson rouge affamé sur ses boulettes, et puis j'en ai assez de me ruiner la santé pour eux.

Dragon1 dort mieux. 10 jours de mélatonine l'ont bien recalé, il s'endort maintenant facilement et se réveille sans soucis, à tel point qu'on a arrêté. Des fois, je me dis que je suis bien conne de ne pas avoir essayé plus tôt.

J'ai presque tous mes cadeaux de Noël, enfin j'espère. C'est bête mais j'anticipe avec joie, alors que je sais que ça va être dur, mais quand même, j'ai plutôt envie de me réjouir. J'ai rêvé de mon papa pour la première fois depuis bien longtemps, et ça faisait tellement du bien de tenir sa main et d'entendre sa voix. Le cerveau n'oublie pas. Alors oui, je pleure dans les magasins quand je vois un magnifique "pull moche" (comme il appelait les Christmas jumper) qu'il aurait adoré, que j'avais promis de lui offrir cette année et que je ne lui offrirai jamais. Mais je crois aussi qu'il aimait vraiment bien cette période et qu'il sera là avec nous. Je me suis d'ailleurs acheté une robe moche rien que pour ça.



Nous avons cédé à une autre tradition irlandaise : l'Elf on the Shelf

Ce petit lutin s'installe dans la maison, observe en silence toute la journée, et le soir retourne tout raconter à Santa, puis revient au petit matin, dans un autre endroit et une autre position. Parfois, on le surprend figé en pleine bêtise. Mais attention ! Si les enfants le touchent il perd momentanément sa magie et ne peut pas dire au Père Noël ce qu'ils veulent ou s'ils ont été bons ou mauvais.
Le nôtre est une fille et s'appelle Sparkle.

Meet Sparkle
Côté météo, on n'est pas déçus : pluie et vent et vent et pluie. Il fait froid et humide, mais pas super froid non plus. Le jour tombe à 15h30, il fait nuit noire à quatre heures et demie... 

Fort heureusement, un nouveau pub vient d'ouvrir accessible à pieds depuis la maison. C'est bête que je ne puisse pas boire ou manger trop gras, parce que ce dont j'ai envie présentement, c'est de boire une pinte avec des amis, devant un feu de cheminée.

Deux amis proches ont perdu leur maman au cours des 10 derniers jours, quelle terrible période. Vraiment. 2018, l'année des orphelins de Pernfr. C'est terrible de se dire qu'après la période où on est diplômé, celle où l'on se met en couple, nous attaquons celle où nos parents meurent... C'est peut-être ça, avoir des amis de 20 ans...

Je ne suis que de loin les turbulences françaises, parce que j'en pense pas grand chose, et que ce n'est pas bon pour mon ulcère de toutes façons. J'ai proposé mon aide à une fille rencontrée sur Twitter qui souhaite se reconvertir professionnellement et ça me fait me sentir bien. 

Le monde a besoin de gentillesse et de chaleur humaine. Beaucoup. Ca tombe bien, c'est la période il paraît.




mardi 6 novembre 2018

Novembre, le mois des psy

Un truc bien, quand on a une famille qui fonctionne, c'est qu'en cas de besoin, ils sont là. Donc après la grosse crise de Dragon1, Mamie est venue passer les vacances avec nous. Et c'était bien.
J'ai pu reprendre une garde au pied levé, travailler l'esprit tranquille, et profiter de ma maman, avec qui je discute beaucoup au téléphone, mais que je câline relativement peu (et c'était bien d'avoir du temps pour nous). J'ai fait un joli plaid bien chaud et coloré au crochet, et un mini cache-cou pour qu'elle ait le même chez elle.

On a fêté Halloween, les enfants étaient contents, et maintenant l'école a repris, on l'espère plus sereinement.

En brune, avec Aglaé, mon araignée de compagnie ;)


Mamie sous son plaid


Entre mes séances à moi, l'évaluation initiale de Dragon2, et la totale pour Dragon1, ce sont pas moins de 6 rendez-vous et 3 équipes différentes de psychologues que je vais rencontrer au mois de Novembre. Je fais fonctionner la moitié du système à moi toute seule avec ma famille branquignolle.

Pour moi, il s'agit juste de parler, un peu de méditation, m'offrir un espace où m'épancher pour tenter de reprendre pied.

Pour Dragon2, c'est la suite des demandes effectuées il y a 2 ans maintenant. Beaucoup de choses ont changé depuis, mais franchement j'aimerais que quelqu'un m'aide face à ses questions sur la mort, ses idées parfois déroutantes (si je suis le Père Noël et que je meure un jour, est-ce que ça veut dire qu'il n'aura plus jamais de cadeaux à Noël ?), ce refus exprimé d'être près d'une personne âgée, ses difficultés à se lier aux autres, son franc-parler parfois un peu trop franc, tous ces petits rituels qu'il a avant de se coucher, et auxquels on rajoute peu à peu, parce que la nuit est un moment qu'il redoute et qu'il faut franchir à chaque fois...

Les différents rendez-vous de Dragon1 sont en fait une coïncidence. Suite au passage qu'elle avait effectué à l'école, il a été prévu une réévaluation complète (psy, psychomot, orthophoniste). Mon coup de fil suite à sa crise n'a rien avancé, mais m'a au moins permis de récupérer les rendez-vous (qui avaient été envoyés à la mauvaise adresse, celle qu'on avait il y a deux ans et pour lequel le courrier ne suit plus depuis 6 mois...). Sans ça, j'imagine qu'on aurait été blacklistés, ou remis en liste d'attente. Donc en un sens, c'est plutôt pas mal qu'il ait craqué.
Je subodore qu'au terme de tout ce bilan, on va me dire "mais il n'est pas handicapé en fait votre fils, il n'a rien à faire au SESSAD" et qu'on va encore nous changer d'équipe, mais bon. La psychologue a l'air nettement plus investie que la première qu'on a rencontrée, peut-être qu'elle pourra malgré tout nous aider un peu.

Lui, ça va. Franchement, il a été nickel pendant toutes les vacances, il a conscience d'avoir franchement passé les bornes et il s'applique à bien se conduire. On verra combien de temps ça peut durer, et si ça tient une fois que l'école recommence (cette semaine) et que l'afterschool reprend (la semaine prochaine).
On a changé radicalement notre politique de temps d'écran, il n'en a plus aucun par défaut, et c'est à lui de "gagner des minutes" en faisant des efforts pour se contrôler. L'avantage que j'y vois, c'est que quand ça commence à être compliqué, on réduit les écrans et du coup on passe plus de temps à interagir directement avec lui, à faire des choses ensemble, et à l'inverse quand ça va, on lui laisse l'opportunité de faire ce qu'il aime. C'est aussi un sacré facteur de motivation, et il dit que ça l'aide. Et enfin c'est modulable, ça permet de reconnaître un effort même s'il n'a pas porté ses fruits. On discute ensemble du nombre de minutes et de comment il veut les répartir sur la journée. So far, ça a l'air de plutôt bien fonctionner, on verra ce que ça donne sur la durée.

Mamie revient dans 8 jours de toutes façons, puisque ce sera mon gros week-end de garde. Deux fois le même mois, on va y prendre goût !

En même temps, il faut bien ça, les nouvelles du monde ne sont pas encourageantes, les jours rapetissent à vue d'oeil, il fait gris, humide et froid et les arbres perdent leurs belles couleurs. C'est le début du tunnel jusqu'à Décembre et les préparatifs de Noël (qui risquent d'être moins festifs et réjouissants cette année). Mais chaque chose en son temps.

vendredi 26 octobre 2018

Relaps

Voilà un mot qui m'intriguait beaucoup, quand on me parlait de Jeanne d'Arc, petite : hérétique et relapse. Ce qu'on traduirait de nos jours par récidiviste peut-être, ça veut dire retomber dans les travers qu'on pensait derrière nous.

Donc oui, la semaine dernière, Dragon1 nous a fait un gros gros relaps. Pour brosser le tableau, c'était une semaine de travail pour moi, en charge de la néonat, le jour où j'ai du intuber deux bébés, en transférer un, en exsuffler et poser un drain thoracique en urgence chez un autre : ce genre de semaine.
Peu de temps avant la fin de l'école, Dragon1 a commencé à s'énerver sur des soustractions qu'il ne pouvait/voulait pas faire. Au moment de quitter la classe et d'aller à l'after school, il a refusé de bouger, en criant, fermant les yeux, tapant du pied. Il a fallu pas moins de 3 maîtresses pour le bouger/traîner sur les 200 m qui séparent l'école de l'afterschool, et il a essayé de fuguer à plusieurs reprises.
Evidemment, je n'ai pas pu répondre au téléphone. Il a mis près de 2 heures à se calmer, il a perturbé tous les enfants. Nous avons été convoqués par l'école et par l'after school.

C'est vraiment très déroutant, en tant que parent, d'être pris à parti pour des faits dont on n'a jamais été témoins. Non, il ne fait pas ce genre de crises à la maison, non, je ne sais pas ce qui a fait que ce jour-là c'est monté à ce point, non, je n'ai pas de baguette magique pour vous promettre que ça ne recommencera jamais, non, je n'ai pas de recette à donner sur comment éviter ses crises.
L'école a dégagé 1 heure supplémentaire avec une enseignante spécialisée pour "le travail des émotions". L'afterschool l'accepte en sursis. A la prochaine crise, ils appellent les flics pour le calmer, et il est renvoyé.

Voilà. Maintenant j'ai plus qu'à me débrouiller pour que ça ne recommence pas, hein.

Très honnêtement, tout le monde est très gentil et bien embêté, et je comprends leur point de vue par rapport à sa sécurité et à celle des autres enfants (le laïus sur : ça nous fout la honte, on va avoir une mauvaise image, celui-là, en revanche, il était dispensable). Mais la réalité ça reste qu'on me demande de contrôler un truc qui justement est par définition, un moment de totale perte de contrôle. Je suis très déçue des psy, ils ne sont d'aucune aide. Je veux dire, je veux bien re-remplir tous les questionnaires du monde, et changer les étiquettes qu'on colle à mon fils, mais ce que je voudrais surtout c'est qu'on m'aide à l'aider et jusqu'à présent, je me sens très très seule.
Cette histoire va se finir par plein d'argent qu'on va aller dépenser dans le privé pour pouvoir avoir l'aide à laquelle il est sensé accéder depuis 2016, bordel !

Bref. La morale de l'histoire c'est je crois que rien n'est jamais acquis.

Avec tout ça, ça tombait plutôt bien que j'aie rendez-vous pour moi cette semaine aussi. Une dame gentille, qui a beaucoup secoué la tête, et m'a tendu des mouchoirs. 100 € pour pleurer une heure et m'entendre dire que c'est parfaitement normal que je craque vu tout ce que je porte, et que c'est con que j'aie pas plus d'amis quand même, et que je peux revenir pleurer avec elle dans 15 jours, vu que je peux pas pleurer ailleurs.

Enfin.

Y a quand même du positif dans tout ça. Dragon2 par exemple est vraiment nickel en ce moment et a même reçu un certificat de bonne conduite de l'école. Depuis le week-end dernier, Dragon1 est angélique, il cherche à se racheter. Nous avons supprimé tous les écrans, et il gagne des heures d'ordi/tablette en fonction de son comportement. C'est plus lourd pour moi, parce que je dois gérer son ennui, du coup, mais on en profite pour cuisiner ou plier le linge ensemble par exemple. Quoiqu'il m'arrive dans la vie, il saura faire cuire des boulettes de viande et plier des soutifs, c'est toujours ça de pris.

Mamie vient nous rendre une visite impromptue la semaine prochaine, du coup. J'ai trop râlé au téléphone. Mais c'est cool. On évite le centre aéré, et on pourra faire Halloween sans penser trop aux cimetières et à ceux qui y sont.

Et puis, MonsieurDragon a eu ses évaluations, et c'est très positif ! Punaise, ça fait du bien, je suis tellement heureuse que son travail soit reconnu à sa hauteur ! Avec un peu de chance, l'augmentation couvrira la hausse du loyer.

C'est jour de vote aujourd'hui, les maisons sont décorées, tous les enfants étaient déguisés à l'école ce matin, c'est le dernier jour avant les vacances. Les jours raccourcissent, on expose nos peurs et nos démons devant nos maisons, on leur offre des bonbons pour qu'ils ne reviennent pas nous hanter...

mardi 10 juillet 2018

Juillet

Les vacances ont commencé.

Une vague de chaleur peu commune s'abat sur l'Irlande, avec plus de 2 semaines de beau temps consécutives et des températures réellement estivales (mais juste ce qu'il faut :) Franchement, si ce n'était le problème de la sécheresse, j'aime assez la canicule irlandaise avec ses journées à 26°C, la petite brise marine, et les nuits à 17°C où on supporte la couette ! On se rapproche des records de 1976.
En revanche, la verte Eirinn est jaune... Ici, il n'y a pas de système d'irrigation et très peu de pompage en profondeur, vu que l'eau tombe régulièrement du ciel et qu'il suffit en général de la pomper dans les lacs et les rivières. Donc, quand il ne pleut pas pendant 3 semaines et que le niveau baisse, et que la qualité de l'eau se dégrade, ça pose vite souci.

En attendant, on en profite à fond, shorts, T shirts et sandales ! Mamie est arrivée pile au bon moment. On a pu aller à la plage, visiter le château de Trim, se promener au parc ou à Malahide, passer une très bonne journée à Bray avec visite de l'aquarium et fête foraine en bonus, pique-niquer à Newbridge farm, en plus des activités plus terre-à-terre comme couper les cheveux ou aller chez le dentiste :)



C'est sûr que Papi manque. C'est difficile de repasser à certains endroits et de chercher sa silhouette et son chapeau, de guetter sa voix parmi les promeneurs, ou de garder pour soi les commentaires qu'on aurait aimé partager avec lui. Malgré tout, je pense que ça nous a fait du bien.

Ce week-end, MonsieurDragon et moi-même avons profité de la baby-sitter gratuite pour retrouver des amis de longue date, et dimanche, c'est Mamie et moi-même qui sommes allées au théâtre pour voir Riverdance sur scène. C'était vraiment génial ! Je regrette d'avoir dû laisser tomber, puis il faut reconnaître que je manque de peps et de légèreté, mais qu'est-ce que j'aime l'irish dancing ! Ca me mets de bonne humeur et ça me donne envie de sautiller à chaque fois.



Mamie est repartie hier, tester l'été normal Toulousain. Les dragonets, eux, ont passé la matinée à crapahuter et faire des cabanes dans la nature. C'est une chouette association qui organise ça, initier les enfants à la nature locale, leur faire découvrir la faune et la flore, leur apprendre à la respecter, tout en encourageant le jeu et la débrouillardise. Dragon2 était totalement dans son élément, il s'est éclaté, allergies ou pas allergies. Il a vu des grenouilles et des chenilles, grimpé sur des arbres et cassé des bâtons mais il trouve que les chamallows grillés c'est pas bon, il les préfère crus.

Dragon1 a un autre discours : la nature c'est pas arrangeant, il y a des orties qui piquent et des ronces qui griffent, des mouches qui volent, et puis il a eu le nez qui coule et les yeux qui grattent, mais bon quand même leur cabane était la meilleure, mais heureusement qu'il y a la civilisation et son ordinateur à la maison !

Sinon, Joséphine refait des siennes, elle a refusé de démarrer hier. On pense que la chaleur et l'immobilité ont eu raison de sa batterie. Après avoir essayé de la recharger sans grand succès, on a fait appel à Roger pour l'aider un peu. On devait être drôles à voir MonsieurDragon et moi-même, penchés sur le moteur avec le manuel à la main pour essayer de comprendre où brancher les cables, mais bon, on a tout bien fait comme ils disaient, et ça a marché !
Cela dit, ça veut sans doute dire que Joséphine a besoin d'une nouvelle batterie...

Il continue à faire beau, je suis encore en vacances pour deux semaines à l'exception d'un jour où je dois assurer les consultations, le jardin fleurit et mes tomates Lidl poussent. Il faut bien admettre que le boulot ne me manque pas. Théoriquement, mon contrat s'arrête en Décembre, car le médecin dont je complète le mi-temps part. On m'a offert de passer à temps plein, mais je ne suis pas certaine de vouloir/pouvoir. Bref, on verra ce que nous amène 2019.





mercredi 20 juin 2018

Juin

Le mois de juin se termine, le temps continue de passer même si pour moi, une partie reste figée en mai.

On a repris l'école et le travail. C'est la fin d'année, on sent que les enfants comme les maîtresses n'attendent plus que les vacances.

Nous avons reçu les bulletins, et globalement c'est très positif. Dragon1 a passé ses tests standardisés de fin d'année la semaine de son retour et a la note maximale en anglais et "high above average" en maths (avec une petite note de la maîtresse qui pense que ce n'est pas un bon reflet et qu'il aurait pu faire mieux). Petite surprise, il est excellent en gaélique, alors que contrairement à son frère il n'en parle jamais (ça ne l'intéresse pas, dit-il). La production écrite reste son point faible, et l'éducation physique. Un vrai geek quoi.
D'ailleurs, depuis la semaine dernière, il a même le look qui va avec (début de myopie, il a maintenant des lunettes à porter en classe uniquement). Il est plutôt content.



Dragon2 se débrouille bien aussi. Il a de super notes en maths et en lecture, s'est vraiment beaucoup ouvert cette année et est maintenant bien intégré, demande à participer aux cours de la classe plutôt que d'aller avec sa support teacher, donc les soutiens ont été beaucoup diminués. Il aime et se débrouille assez bien en éducation physique. En revanche, l'écriture et l'indépendance/organisation sont encore bof-bof. Bref, de gros progrès. Il y a un risque de devoir remettre un peu plus de soutien avec le passage en First Class l'année prochaine (cours plus "formels", journées plus longues...) mais les maîtresses en ont conscience. On réevaluera après la rentrée.

Du tout bon, donc, pour mes dragonets rayés.

A la maison, on gère le deuil comme on peut. Bien qu'ils mènent leur vie avec la même énergie qu'à l'accoutumée, de petits signes montrent que ça travaille là-haut. Ils sont tous les deux en demande de câlins ++. Peut-être aussi parce qu'ils me sentent triste, je ne compte plus le nombre de bisous spontanés ou de déclaration d'amour que je reçois dans la journée. Ca aide.
En même temps, ils ont lourdement conscience que rien n'est infini, pas même une maman. Au fil des jours (des nuits surtout), ils peuvent dire à quel point ils seront tristes quand je mourrai, et qu'ils voudraient mourir le même jour que moi, ou apprendre à réanimer pour que "si (je) sens que (je) meure un peu" ils puissent me sauver. C'est dur de leur répondre. Je suis encore jeune, je suis en bonne santé, j'ai pas l'intention de mourir tout de suite (oui, mais voilà des fois, ça ne suffit pas, et cette vérité là, elle flotte près de nous, et j'aurais aimé qu'ils l'ignorent encore un moment).

Papi apparaît dans les conversations alors qu'il en faisait très peu partie jusqu'à maintenant : passer devant la piscine rappelle la fois où il avait accompagné à la leçon de natation, ou les deux carrés de chocolat du goûter font une croix "comme sur le cercueil de Papi".

Dimanche dernier a été une journée difficile. 1 mois pile et la fête des Pères, les messages partout qui disent "To an amazing Dad !". Un mois seulement. C'est à peine croyable.

Moi, je suis je pense en phase "dépression" du processus de deuil. La tristesse aigüe m'a quittée, je ne pleure plus aussi souvent, mais j'ai le cerveau lent et comme anesthésié, et tout me demande une énergie plus importante. J'étais contente que le service soit calme la semaine dernière parce que même comme ça, je suis claquée (et aussi un peu sans doute parce que j'ai choppé le virus à la mode). J'ai bien fait de couper mes cheveux, ils tombent par poignées. Le choc, j'imagine.
J'avance à la petite semaine, et bien que je sache qu'il est temps de réfléchir aux grandes orientations de notre vie, je n'en n'ai juste pas les capacités à présent. Il est plus sage de se laisser porter et d'attendre que l'énergie / l'envie reviennent.
Je dors. Les anti-histaminiques me font office de béquille, ma fatigue a raison de moi le soir et je dors. Je ne rêve pas trop, ce qui est une bonne chose car mes rêves ont toujours été très limpides à analyser, et les deux ou trois dont je me souviens depuis le mois dernier m'ont laissé une sale impression de tristesse et d'angoisse dont j'ai à chaque fois mis deux bonnes heures à me débarrasser le matin venu. Donc, c'est mieux si je ne rêve pas.
Dimanche dernier, ayant ouvert l'oeil à 7h, j'ai décidé de rester au lit un peu, et je me suis réveillée à 10h ! Genre le truc qui n'a pas dû m'arriver depuis une dizaine d'années. L'incubation du virus était probablement en cause aussi.

Bref, j'essaie d'être gentille avec moi-même, je fais plein de câlins/bisous à mes enfants, je me blottis contre mon mari le soir et je téléphone beaucoup à ma maman. C'est à peu près tout ce qu'on peut faire, je crois.

La semaine prochaine, elle arrive pour passer du temps avec nous. Je serai en vacances et les enfants aussi, et la météo prévoit une vague de chaleur inédite avec des températures atteignant les 28°C !! On ira à la plage ;) En attendant, il vente, il bruine, et il fait 17°C, et c'est déjà pas si mal...

dimanche 27 mai 2018

Growing up

J'avais prévu de poster un petit billet sur growing up day, comment ça s'était bien passé, à quel point j'étais fière de mon Dragon1 et comment j'espérais que les émotions allaient retomber un peu maintenant.

Mais ça c'était avant. Avant le coup de fil de jeudi 17 mai, alors qu'on lisait le livre sur les hummingbirds, l'appel qui m'annonçait que Papi B., mon papa à moi, était mort. Comme ça, pouf. Parti en randonnée comme chaque semaine, tout va bien, il marche et discute avec ses collègues, et puis pouf. Il tombe, son coeur s'arrête, et c'est la fin.

Autant dire que ce fut un sacré choc, le vendredi matin d'annoncer aux enfants que non, on ne va pas à l'école, on prépare la valise et on saute dans l'avion pour rejoindre le reste de la famille. Très honnêtement, je crois qu'au début le côté vacances à l'improviste + visite des cousins est ce qui les a le plus marqués. Il a fallu quelques jours pour que la réalité les touche, et comment leur en vouloir, quand je peine encore à y croire moi-même ?

Ce fut une longue semaine jusqu'aux funérailles, ce fut un jour éprouvant, que nous avons tous traversé avec nos hauts et nos bas, nos mécanismes de défense. MonsieurDragon, dont le moral n'était déjà pas au beau fixe, est devenu mutique, Dragon1 passe de discours enjoués sur Minecraft à de gros sanglots, chougne pour un oui ou un non et répète à l'envi que "c'est pas juste" (alors qu'on est tous d'accord que ce qui n'est pas juste, c'est que son Papi soit parti). Dragon2 gigote et fait le difficile à table, promène ses doudous partout, se colle à tout le monde et de temps en temps nous sort quelques vérités non fardées, avec beaucoup de questions sur la vie, la mort, et la peur de me perdre. Moi...

Moi, très honnêtement, je ne sais pas bien. La mort de mon papa me fait passer d'un coup de "grande petite fille qui peut courir trouver refuge chez ses parents à tout moment" à "adulte responsable qui doit veiller sur sa maman". Après les vagues de chagrin qui m'ont assaillies la semaine dernière en me laissant à genoux en train de reprendre mon souffle, je nage désormais dans une eau froide et grise, la tristesse colore tout ce que je fais. J'ai déconnecté mes émotions et j'agis, pas après pas, jour après jour, en me demandant encore pourquoi on en est là, et si c'est vraiment vrai que je ne le reverrai plus.

Je suis infiniment reconnaissante de notre belle famille, je me suis rarement sentie aussi proche de mon frère que ces derniers jours, on a beaucoup pleuré tous les quatre, ma mère, mon frère, ma soeur et moi, mais on était ensemble et j'y puise une sacrée force, malgré que nous soyons tous encore vacillants sous ce coup du sort.

Les cendres dispersées, les gens le sont aussi, retournant à leurs occupations. Nous tâchons de reprendre le cours d'une vie qui n'est plus la même.
Pour les dragonnets et moi, nous jouons les prolongations auprès de Mamie. C'est un peu bizarre, la maison est la même mais semble différente, il y a des souvenirs de Papi dans tous les recoins.

J'imagine qu'il faudra du temps pour s'adapter à cette absence, j'imagine que ce premier "vrai" deuil va marquer une époque dans la vie de mes enfants, j'imagine que j'ai devant moi plusieurs mois d'angoisse et de comportements difficiles. J'imagine que cette mauvaise blague m'aura fait grandir d'un coup, moi qui ai toujours détesté ça.

Pourquoi, Papa ?