vendredi 26 octobre 2018

Relaps

Voilà un mot qui m'intriguait beaucoup, quand on me parlait de Jeanne d'Arc, petite : hérétique et relapse. Ce qu'on traduirait de nos jours par récidiviste peut-être, ça veut dire retomber dans les travers qu'on pensait derrière nous.

Donc oui, la semaine dernière, Dragon1 nous a fait un gros gros relaps. Pour brosser le tableau, c'était une semaine de travail pour moi, en charge de la néonat, le jour où j'ai du intuber deux bébés, en transférer un, en exsuffler et poser un drain thoracique en urgence chez un autre : ce genre de semaine.
Peu de temps avant la fin de l'école, Dragon1 a commencé à s'énerver sur des soustractions qu'il ne pouvait/voulait pas faire. Au moment de quitter la classe et d'aller à l'after school, il a refusé de bouger, en criant, fermant les yeux, tapant du pied. Il a fallu pas moins de 3 maîtresses pour le bouger/traîner sur les 200 m qui séparent l'école de l'afterschool, et il a essayé de fuguer à plusieurs reprises.
Evidemment, je n'ai pas pu répondre au téléphone. Il a mis près de 2 heures à se calmer, il a perturbé tous les enfants. Nous avons été convoqués par l'école et par l'after school.

C'est vraiment très déroutant, en tant que parent, d'être pris à parti pour des faits dont on n'a jamais été témoins. Non, il ne fait pas ce genre de crises à la maison, non, je ne sais pas ce qui a fait que ce jour-là c'est monté à ce point, non, je n'ai pas de baguette magique pour vous promettre que ça ne recommencera jamais, non, je n'ai pas de recette à donner sur comment éviter ses crises.
L'école a dégagé 1 heure supplémentaire avec une enseignante spécialisée pour "le travail des émotions". L'afterschool l'accepte en sursis. A la prochaine crise, ils appellent les flics pour le calmer, et il est renvoyé.

Voilà. Maintenant j'ai plus qu'à me débrouiller pour que ça ne recommence pas, hein.

Très honnêtement, tout le monde est très gentil et bien embêté, et je comprends leur point de vue par rapport à sa sécurité et à celle des autres enfants (le laïus sur : ça nous fout la honte, on va avoir une mauvaise image, celui-là, en revanche, il était dispensable). Mais la réalité ça reste qu'on me demande de contrôler un truc qui justement est par définition, un moment de totale perte de contrôle. Je suis très déçue des psy, ils ne sont d'aucune aide. Je veux dire, je veux bien re-remplir tous les questionnaires du monde, et changer les étiquettes qu'on colle à mon fils, mais ce que je voudrais surtout c'est qu'on m'aide à l'aider et jusqu'à présent, je me sens très très seule.
Cette histoire va se finir par plein d'argent qu'on va aller dépenser dans le privé pour pouvoir avoir l'aide à laquelle il est sensé accéder depuis 2016, bordel !

Bref. La morale de l'histoire c'est je crois que rien n'est jamais acquis.

Avec tout ça, ça tombait plutôt bien que j'aie rendez-vous pour moi cette semaine aussi. Une dame gentille, qui a beaucoup secoué la tête, et m'a tendu des mouchoirs. 100 € pour pleurer une heure et m'entendre dire que c'est parfaitement normal que je craque vu tout ce que je porte, et que c'est con que j'aie pas plus d'amis quand même, et que je peux revenir pleurer avec elle dans 15 jours, vu que je peux pas pleurer ailleurs.

Enfin.

Y a quand même du positif dans tout ça. Dragon2 par exemple est vraiment nickel en ce moment et a même reçu un certificat de bonne conduite de l'école. Depuis le week-end dernier, Dragon1 est angélique, il cherche à se racheter. Nous avons supprimé tous les écrans, et il gagne des heures d'ordi/tablette en fonction de son comportement. C'est plus lourd pour moi, parce que je dois gérer son ennui, du coup, mais on en profite pour cuisiner ou plier le linge ensemble par exemple. Quoiqu'il m'arrive dans la vie, il saura faire cuire des boulettes de viande et plier des soutifs, c'est toujours ça de pris.

Mamie vient nous rendre une visite impromptue la semaine prochaine, du coup. J'ai trop râlé au téléphone. Mais c'est cool. On évite le centre aéré, et on pourra faire Halloween sans penser trop aux cimetières et à ceux qui y sont.

Et puis, MonsieurDragon a eu ses évaluations, et c'est très positif ! Punaise, ça fait du bien, je suis tellement heureuse que son travail soit reconnu à sa hauteur ! Avec un peu de chance, l'augmentation couvrira la hausse du loyer.

C'est jour de vote aujourd'hui, les maisons sont décorées, tous les enfants étaient déguisés à l'école ce matin, c'est le dernier jour avant les vacances. Les jours raccourcissent, on expose nos peurs et nos démons devant nos maisons, on leur offre des bonbons pour qu'ils ne reviennent pas nous hanter...

dimanche 7 octobre 2018

Un peu (beaucoup) de politique

Une fois n'est pas coutume, comme il y a des choses à dire, c'est parti pour un petit cours d'éducation civique irlandaise avec plein de mots en Irish dedans et mes premiers essais d'écriture inclusive...

Le 26 Octobre prochain, les citoyen.ne.s irlandais.es de plus de 18 ans iront aux urnes pour choisir leur prochain.e Président.e, Uachtaràn na hEireann (les accents ne sont pas tout à fait corrects, la faute à mon clavier français :)

Le/la Président.e fait partie de l'éxécutif, ici dénommé Oiréachtas, avec le parlement (Dàil) et le sénat (Seanad). Il/elle est élu.e pour 7 ans, renouvelable une fois. Pour se présenter, il faut être irlandais, avoir plus de 35 ans, être Président.e sortant.e, ou avoir le parrainage d'au moins 4 comtés ou 20 parlementaires/sénateurs.

A quoi sert le/la Président.e ? Officiellement, c'est le Chef de l'Etat et Chef des armées. En pratique, il fait ce que le Gouvernement lui demande de faire et inaugure des trucs. Un peu comme une Reine d'Angleterre, mais en Président, parce qu'on est irlandais, quand même, faudrait pas déconner. Il/elle habite dans une grande maison de 192 chambres au milieu des daims à Phoenix Park, touche un salaire d'environ 250.000 € / an avec autant de primes diverses et n'a pas le droit de quitter le pays sans l'accord du gouvernement.

Le Président actuel est Michael D Higgins, il a été élu en 2011 et se propose pour un second mandat. Il est très populaire, proche de la population avec des idées très sociales et humanistes, et il a une bonne tête de Leprechaun (franchement, il ne lui manque que le petit costume vert...). Les écoliers d'ici marquent dans leurs copies que le Président s'appelle Miggeldy, et ça lui va très bien :)



Se présentent également 5 autres candidats
- Peter Casey
- Gavin Duffy
- Sean Gallagher
- Joan Freeman
- Liadh ni Riada

A noter que les 3 hommes sont tous des candidats malheureux de la dernière élection (deux businessmen qui sont passés dans une émission de télé réalité où le but est de trouver des financements pour son projet et un politicien), une des femmes est Sénatrice et dirige une organisation caritative pour la prévention du suicide, l'autre a été investie par le Sinn Féin (seul parti à avoir plus de 20 représentants dans les deux chambres).

Les sondages donnent Miggeldy largement réélu autour de 70% des voix.

Et tant qu'à être aux urnes, on demandera aussi aux irlandais de se prononcer sur un changement à apporter dans la Constitution (oui, chaque changement dans la Constitution doit être approuvé par référendum, comme pour l'abolition de l'avortement par exemple). Actuellement, il est noté dans la Constitution que blasphémer en public est passable de sanctions. En pratique, il n'y a jamais eu de poursuites, mais pour pouvoir virer cette ligne de la Constitution il faut un vote populaire qui devrait passer largement.

L'année prochaine, aura lieu un autre référendum pour effacer la ligne qui dit que la place naturelle de la femme est au foyer et que l'Etat doit tout faire pour aider à l'y maintenir. (Eurgh, un cauchemar de féministe, et là ausi très loin de la réalité, mais qui s'explique quand la grande pauvreté à l'époque où la Constitution a été écrite obligeait les femmes et souvent les enfants à travailler pour subvenir aux besoins de tous.)

C'est peut-être pas évident à voir de l'extérieur, mais la société irlandaise est en pleine mutation, elle se défait de son manteau de "catholiques opprimés enfin au pouvoir" et les irlandais actuels sont de moins en moins portés sur la religion. Les nombreux scandales d'abus de pouvoir ou d'abus pédophiles liés à l'Eglise Catholique y sont pour beaucoup, ainsi qu'une tendance plus "moderne" où les vues de l'Eglise ne correspondent plus à la société. (D'où le vote massif en faveur du mariage homosexuel ou de l'avortement). La visite du Pape cet été a d'ailleurs été un flop monumental, pas seulement à cause de l'organisation pourrie ou de la météo, mais juste parce que les irlandais n'entendent plus se faire dicter leur vie par des prêtres.

Une nouvelle sans doute passée inaperçue à l'étranger mais qui va révolutionner les choses ici est l'adoption jeudi dernier par le Dail d'une loi interdisant aux écoles primaires catholiques (> 90 % des écoles) de donner préférence aux recrutements sur la base de la religion. En gros, ça veut dire que le certificat de baptême ne peut plus être demandé comme pré-requis pour rentrer à l'école primaire. Les écoles sont encore libres de leurs autres critères de recrutement, et d'intégrer le catéchisme dans leur programme, mais ne peuvent pas reléguer sur liste d'attente un enfant uniquement parce qu'il n'est pas baptisé.
C'est une petite révolution, et comme une grande majorité d'irlandais ne font plus baptiser leurs enfants que pour être sûrs qu'ils aient une place à l'école du coin, on devrait assister à une chute du nombre de baptêmes, et peut-être une augmentation du nombre de personnes s'affirmant "sans religion". Les autres écoles religieuses minoritaires ne sont pas affectées, ni bien sûr les écoles telles que la nôtre qui sont multiconfessionnelles et ne réclamaient déjà pas de certificat. Notons que ça ne concerne pas le secondaire pour l'instant.

Autre révolution, longue à venir celle-là, l'Anti-Alcohol Bill, telle qu'elle est nommée ici, la loi anti-alcool vient de passer après plus de 3 ans de délibéré !! C'est une sorte de loi Evin de l'alcool, qui restreint la pub, durcit les punitions pour l'alcool au volant, interdit aux clubs sportifs d'être sponsorisés par le pub local, et la vente d'alcool sans licence. C'est également une partie de l'identité irlandaise que l'on remet en cause ici et les représentants des comtés ruraux ont été les plus actifs à tout faire pour retarder son passage, tant il semble impossible que le club de foot local ne puisse pas vendre de la bière lors du match des poussins du samedi pour se faire des sous. A côté de ça, l'interdiction aux pubs d'ouvrir le Lundi de Pâques a été levée seulement l'année dernière, et il est toujours impossible de payer sa canette au supermarché avant 10h30 (ou 11h le dimanche...) Les irlandais ont vraiment une relation à l'alcool compliquée.

Concernant notre école enfin, on vient d'apprendre en lisant le journal que Teagasc (l'organisme de recherche agricole qui sous-loue ses locaux à l'école) vient d'obtenir une autoriation de mise en vente pour ses terrains situés à Kinsealy, dont une partie au moins devrait devenir zone résidentielle. Concrètement, ça veut dire deux possibilités pour nous :
1 - le Ministère de l'Education rachète le terrain, en vend une partie pour y construire des maisons, et garde l'école à son emplacement actuel, notre emplacement provisoire devant alors notre lieu définitif.
2 - un investisseur quelconque rachète le terrain, donne à l'école son avis d'expulsion, et d'ici quelques mois les profs et les élèves se retrouvent à la rue comme nous l'an dernier... Tous les travaux effectués pour mettre les classes aux normes seront du fric jeté en l'air, et ceux en cours pour réaliser une zone de "dépose minute" à l'arrière de l'école ont de forts risques de s'arrêter du jour au lendemain... Il faudra retrouver en catastrophe un local temporaire pour 200 enfants et une vingtaine d'adultes, à moins bien sûr que le Board of Management nous sorte un emplacement définitif de son chapeau magique d'ici là...

Bref, l'assemblée générale des parents d'élèves de la semaine prochaine promet d'être animée...


jeudi 27 septembre 2018

Septembre

Septembre... 3 ans de vie irlandaise déjà. C'est à la fois peu et beaucoup.

L'école a repris. Premier rendez-vous avec la maîtresse de Dragon1 (plus pour faire connaissance et parler de ses particularités, elle ne lui reproche pas grand-chose pour l'instant), première discussion "informelle" avec la maîtresse de Dragon2 (qui bouscule ses camarades et essaie de les mordre...) Très franchement, des fois, j'aimerais savoir ce que c'est que d'être une maman anonyme, une de celles dont les maîtresses ne connaissent pas la tête. J'imagine qu'avec deux dragons rayés c'est pas possible.

L'automne a commencé. Ali est passé il y a 15 jours, la première tempête de la saison, courte mais intense. Plusieurs arbres arrachés dans le voisinage, l'école fermée plus tôt, mais rien de trop sérieux. On a ressorti les manteaux d'hiver parce qu'il fait frisquet le matin.

A l'hôpital, c'est le retour des asthmes et des gastros. Mon co-docteur, celui dont je complète le mi-temps, a officiellement donné sa démission. Ca signifie que dans 3 mois mon contrat devient caduc, puisque je suis embauchée à durée indéterminée mais pour la tâche spécifique de compléter son 50 %. J'ai une grosse pression de la part du chef de service pour passer à 100 %, mais très honnêtement, je ne m'en sens pas capable. Et je n'apprécie pas particulièrement les remarques de mes collègues sur le côté "cool" du mi-temps. J'ai pas l'impression de me la couler douce, et ça me blesse qu'on puisse le sous-entendre. Et j'ai pas envie de devoir justifier ma décision avec un petit sourire gêné ("mon mari travaille beaucoup, les rendez-vous des enfants, toussa..." ) J'aimerais avoir assez de gueule pour juste leur dire "Deal with it".
Professionnellement, c'est encore une belle opportunité à laquelle je vais tourner le dos, et en même temps, plus j'observe le monde, plus je me dis que j'ai les moyens de dicter mes conditions. J'ai mis mon CV à jour, et franchement, il est honorable.

Il me reste à déterminer où et comment je veux exercer, quel avenir on donne à notre famille, de quelles ressources nous avons besoin pour (enfin) nous établir. Easy peasy.
En attendant, j'imagine que l'administration sera contente de renouveller mon contrat de Temporary Consultant, (même à mi-temps, vu que 50% c'est toujours mieux que rien) en attendant que se présentent les innombrables candidats pour les 3 postes encore à pourvoir...



dimanche 2 septembre 2018

Rentrée des classes

J'ai toujours eu l'impression que l'année commençait davantage à la rentrée scolaire qu'au premier janvier.

Parce que c'est le moment de recommencer, de reprendre les activités, de prendre de bonnes résolutions, de changer d'organisation. Peut-être aussi parce que ça suit juste mon anniversaire et que ça correspond à une année de plus.

Quatrième rentrée irlandaise pour nous donc. L'école grandit de façon exponentielle. De 2 classes et 40 enfants la première année, nous sommes maintenant 8 classes et 206 enfants ! Plus de personnel aussi, et donc 3 nouvelles maîtresses cette année, et 2 d'entre elles auront le privilège d'enseigner à mes zozos ;) En même temps, le nombre d'élève se multipliant, leurs particularités s'atténuent un peu si je puis dire...
Pour Dragon2 en tous cas, tout s'est passé nickel. Il a eu besoin d'emmener un doudou, mais une fois rassuré, aucun souci.
Plus compliqué pour Dragon1, très nerveux. Heureusement, la maîtresse a su comment l'approcher, il y avait une SNA disponible pour l'accompagner aussi, et ses copines de classe l'ont encouragé. Au final, il était ravi de cette première journée.

On a commencé le français ce week-end, par petites touches histoire de ne pas se dégoûter trop vite. La piscine reprend dans 15 jours.

Une nouvelle année qui commence. Le quotidien est rassurant, il aide à garder de la stabilité quand la visibilité à long / moyen terme est encore si floue...


samedi 11 août 2018

Août

3 semaines déjà que j'ai laissé les dragonnets en France, aux bons soins de leur Mamie et grands-parents paternels. C'est long, d'autant que Dragon2 était malade le jour où je suis partie (gastro), c'était très difficile de le laisser, et qu'il a enchaîné sur une otite pour bien faire...
Enfin, depuis on dirait qu'il a retrouvé la forme et il profite à fond de ses vacances, ce qui est le plus important.

Pour ma part, j'ai repris par dix jours consécutifs à l'hôpital dont les 3 derniers en garde, suivis dans la foulée de la pose d'implant sur la Tooth of Doom (la fameuse, celle que j'ai du repousser parce que j'avais enterrement...)
Après tout ça, Monsieur Dragon et moi on avait bien mérité quelques jours de repos, et on a profité de n'être qu'entre nous pour se faire une escapade dans le Sud de l'Irlande (Wexford puis retour dans le Kerry)






C'était très bien, vraiment relaxant. Je confirme que le Kerry et le Beara sont des régions magnifiques, sauvages, qui parlent à mon coeur. C'était cool de pouvoir prendre le temps de flâner, de remettre le pied à l'étrier pour une petite heure d'équitation (et constater au passage qu'on a vieilli et perdu muscles et souplesse), de profiter sans complexes du sauna, de la piscine et du jacuzzi. Nous avons terminé sur un excellent repas gastronomique (mmm, le capuccino de cêpes et le foie gras à la gelée de Tariquet...) avant de regagner la maison (calme, si calme...)

Il y a du mouvement à BigCompany. Ils vont restructurer les équipes, et comme Monsieur Dragon commence à faire figure de sénior avec ses 3 ans d'ancienneté, il s'est proposé pour être formateur des nouvelles recrues. Concrètement, ça veut dire qu'il va voyager davantage au cours des mois qui viennent, entre New York, Seattle et la Californie.
De mon côté, pas de changement. Mon binôme tente de trouver des pistes pour que quelqu'un reprenne son activité d'allergologie, et le chef de service et l'administration font admirablement l'autruche. Je crois que tout le monde part du principe que je vais tout assurer, sans cependant oser me poser la question de peur que je dise non. Bref, à la rentrée, il faudra sans doute que je mette les choses au clair.

La rentrée cette année me fait peur. Dans l'optique d'un retour en France à court / moyen terme, nous avons inscrit les dragonnets aux cours de français par le CNED, histoire de ne pas revivre la grande déstabilisation que nous avons vécue en arrivant ici. Mais plus les documents arrivent, plus je me dis que je n'y arriverai jamais.
1h30 de français par jour pour Dragon2, 8h par semaine pour Dragon1 !! Mais ils marchent sur la tête. Je galère déjà pour leur faire faire 20 minutes de devoirs faciles, je n'ai aucune idée de comment je vais réussir à faire bosser les deux surtout vu leurs difficultés.
Le niveau des trucs demandés me paraît adapté pour Dragon2, mais clairement compliqué pour Dragon1 qui a 4 ans de retard sur le programme... Et puis sincèrement, qu'est-ce qu'on en a à faire si c'est une conjonction ou une préposition ? Je trouvais déjà ça débile en primaire, ça ne s'arrange pas avec l'âge, et je sens qu'il va être difficile de passionner les enfants avec le sujet... :/
En même temps, c'est la preuve que c'est nécessaire, et peut-être même un peu trop tard.

Quand je pense au système de santé, à l'Education Nationale, aux mentalités en France, je me demande pourquoi on veut rentrer... Ah oui, la famille. Et aussi un peu le coût de la vie. Moi mon rêve, ce serait une maison au toit de chaume dans le Kerry. Plus modeste qu'un château, et tout aussi impossible.

On verra comment Dragon2 s'adapte aux horaires plus longs et au côté plus "formel" de la 1st class, quant à Dragon1 j'attends de voir ce que va donner l'afterschool, qui était bien compliqué en fin d'année. J'ai acheté un casque "anti-bruit" pour qu'il puisse s'isoler, j'espère que ça suffira. Entre le français et les difficultés en collectivité, j'espère ne pas avoir à arrêter complètement de travailler. Après avoir été inscrit à l'équivalent local du SESSAD en novembre 2016, il devrait finalement être évalué par la psychologue à la rentrée. Ca ne fait jamais que 2 ans d'attente. Tu penses bien que les choses ont complètement évolué depuis, mais enfin on ne va pas cracher sur un peu d'aide.

Financièrement, on a plutôt besoin d'assurer nos arrières et de mettre de côté vu l'incertitude ambiante. L'argent ne fait pas le bonheur, certes, mais quand on n'a pas à s'en préoccuper, c'est quand même plus simple d'organiser sa vie comme on l'entend, hein.
Je suis sidérée par ces familles qu'on a vues qui passent 2 semaines à 4 en hôtel de luxe avec des activités tous les jours. On ne grandit clairement pas dans le même monde.

Bref, j'ai beaucoup d'interrogations et d'angoisses, je suis assez pessimiste sur l'avenir de notre société et de notre planète, mon Papa me manque, avec qui il était facile de discuter de tout ça même quand nos avis ne concordaient pas.

Dans trois jours je prends l'avion au petit matin pour retrouver mes enfants. Je pense que ça ira déjà mieux quand j'aurai pu les serrer contre moi.

mardi 10 juillet 2018

Juillet

Les vacances ont commencé.

Une vague de chaleur peu commune s'abat sur l'Irlande, avec plus de 2 semaines de beau temps consécutives et des températures réellement estivales (mais juste ce qu'il faut :) Franchement, si ce n'était le problème de la sécheresse, j'aime assez la canicule irlandaise avec ses journées à 26°C, la petite brise marine, et les nuits à 17°C où on supporte la couette ! On se rapproche des records de 1976.
En revanche, la verte Eirinn est jaune... Ici, il n'y a pas de système d'irrigation et très peu de pompage en profondeur, vu que l'eau tombe régulièrement du ciel et qu'il suffit en général de la pomper dans les lacs et les rivières. Donc, quand il ne pleut pas pendant 3 semaines et que le niveau baisse, et que la qualité de l'eau se dégrade, ça pose vite souci.

En attendant, on en profite à fond, shorts, T shirts et sandales ! Mamie est arrivée pile au bon moment. On a pu aller à la plage, visiter le château de Trim, se promener au parc ou à Malahide, passer une très bonne journée à Bray avec visite de l'aquarium et fête foraine en bonus, pique-niquer à Newbridge farm, en plus des activités plus terre-à-terre comme couper les cheveux ou aller chez le dentiste :)



C'est sûr que Papi manque. C'est difficile de repasser à certains endroits et de chercher sa silhouette et son chapeau, de guetter sa voix parmi les promeneurs, ou de garder pour soi les commentaires qu'on aurait aimé partager avec lui. Malgré tout, je pense que ça nous a fait du bien.

Ce week-end, MonsieurDragon et moi-même avons profité de la baby-sitter gratuite pour retrouver des amis de longue date, et dimanche, c'est Mamie et moi-même qui sommes allées au théâtre pour voir Riverdance sur scène. C'était vraiment génial ! Je regrette d'avoir dû laisser tomber, puis il faut reconnaître que je manque de peps et de légèreté, mais qu'est-ce que j'aime l'irish dancing ! Ca me mets de bonne humeur et ça me donne envie de sautiller à chaque fois.



Mamie est repartie hier, tester l'été normal Toulousain. Les dragonets, eux, ont passé la matinée à crapahuter et faire des cabanes dans la nature. C'est une chouette association qui organise ça, initier les enfants à la nature locale, leur faire découvrir la faune et la flore, leur apprendre à la respecter, tout en encourageant le jeu et la débrouillardise. Dragon2 était totalement dans son élément, il s'est éclaté, allergies ou pas allergies. Il a vu des grenouilles et des chenilles, grimpé sur des arbres et cassé des bâtons mais il trouve que les chamallows grillés c'est pas bon, il les préfère crus.

Dragon1 a un autre discours : la nature c'est pas arrangeant, il y a des orties qui piquent et des ronces qui griffent, des mouches qui volent, et puis il a eu le nez qui coule et les yeux qui grattent, mais bon quand même leur cabane était la meilleure, mais heureusement qu'il y a la civilisation et son ordinateur à la maison !

Sinon, Joséphine refait des siennes, elle a refusé de démarrer hier. On pense que la chaleur et l'immobilité ont eu raison de sa batterie. Après avoir essayé de la recharger sans grand succès, on a fait appel à Roger pour l'aider un peu. On devait être drôles à voir MonsieurDragon et moi-même, penchés sur le moteur avec le manuel à la main pour essayer de comprendre où brancher les cables, mais bon, on a tout bien fait comme ils disaient, et ça a marché !
Cela dit, ça veut sans doute dire que Joséphine a besoin d'une nouvelle batterie...

Il continue à faire beau, je suis encore en vacances pour deux semaines à l'exception d'un jour où je dois assurer les consultations, le jardin fleurit et mes tomates Lidl poussent. Il faut bien admettre que le boulot ne me manque pas. Théoriquement, mon contrat s'arrête en Décembre, car le médecin dont je complète le mi-temps part. On m'a offert de passer à temps plein, mais je ne suis pas certaine de vouloir/pouvoir. Bref, on verra ce que nous amène 2019.





mercredi 20 juin 2018

Juin

Le mois de juin se termine, le temps continue de passer même si pour moi, une partie reste figée en mai.

On a repris l'école et le travail. C'est la fin d'année, on sent que les enfants comme les maîtresses n'attendent plus que les vacances.

Nous avons reçu les bulletins, et globalement c'est très positif. Dragon1 a passé ses tests standardisés de fin d'année la semaine de son retour et a la note maximale en anglais et "high above average" en maths (avec une petite note de la maîtresse qui pense que ce n'est pas un bon reflet et qu'il aurait pu faire mieux). Petite surprise, il est excellent en gaélique, alors que contrairement à son frère il n'en parle jamais (ça ne l'intéresse pas, dit-il). La production écrite reste son point faible, et l'éducation physique. Un vrai geek quoi.
D'ailleurs, depuis la semaine dernière, il a même le look qui va avec (début de myopie, il a maintenant des lunettes à porter en classe uniquement). Il est plutôt content.



Dragon2 se débrouille bien aussi. Il a de super notes en maths et en lecture, s'est vraiment beaucoup ouvert cette année et est maintenant bien intégré, demande à participer aux cours de la classe plutôt que d'aller avec sa support teacher, donc les soutiens ont été beaucoup diminués. Il aime et se débrouille assez bien en éducation physique. En revanche, l'écriture et l'indépendance/organisation sont encore bof-bof. Bref, de gros progrès. Il y a un risque de devoir remettre un peu plus de soutien avec le passage en First Class l'année prochaine (cours plus "formels", journées plus longues...) mais les maîtresses en ont conscience. On réevaluera après la rentrée.

Du tout bon, donc, pour mes dragonets rayés.

A la maison, on gère le deuil comme on peut. Bien qu'ils mènent leur vie avec la même énergie qu'à l'accoutumée, de petits signes montrent que ça travaille là-haut. Ils sont tous les deux en demande de câlins ++. Peut-être aussi parce qu'ils me sentent triste, je ne compte plus le nombre de bisous spontanés ou de déclaration d'amour que je reçois dans la journée. Ca aide.
En même temps, ils ont lourdement conscience que rien n'est infini, pas même une maman. Au fil des jours (des nuits surtout), ils peuvent dire à quel point ils seront tristes quand je mourrai, et qu'ils voudraient mourir le même jour que moi, ou apprendre à réanimer pour que "si (je) sens que (je) meure un peu" ils puissent me sauver. C'est dur de leur répondre. Je suis encore jeune, je suis en bonne santé, j'ai pas l'intention de mourir tout de suite (oui, mais voilà des fois, ça ne suffit pas, et cette vérité là, elle flotte près de nous, et j'aurais aimé qu'ils l'ignorent encore un moment).

Papi apparaît dans les conversations alors qu'il en faisait très peu partie jusqu'à maintenant : passer devant la piscine rappelle la fois où il avait accompagné à la leçon de natation, ou les deux carrés de chocolat du goûter font une croix "comme sur le cercueil de Papi".

Dimanche dernier a été une journée difficile. 1 mois pile et la fête des Pères, les messages partout qui disent "To an amazing Dad !". Un mois seulement. C'est à peine croyable.

Moi, je suis je pense en phase "dépression" du processus de deuil. La tristesse aigüe m'a quittée, je ne pleure plus aussi souvent, mais j'ai le cerveau lent et comme anesthésié, et tout me demande une énergie plus importante. J'étais contente que le service soit calme la semaine dernière parce que même comme ça, je suis claquée (et aussi un peu sans doute parce que j'ai choppé le virus à la mode). J'ai bien fait de couper mes cheveux, ils tombent par poignées. Le choc, j'imagine.
J'avance à la petite semaine, et bien que je sache qu'il est temps de réfléchir aux grandes orientations de notre vie, je n'en n'ai juste pas les capacités à présent. Il est plus sage de se laisser porter et d'attendre que l'énergie / l'envie reviennent.
Je dors. Les anti-histaminiques me font office de béquille, ma fatigue a raison de moi le soir et je dors. Je ne rêve pas trop, ce qui est une bonne chose car mes rêves ont toujours été très limpides à analyser, et les deux ou trois dont je me souviens depuis le mois dernier m'ont laissé une sale impression de tristesse et d'angoisse dont j'ai à chaque fois mis deux bonnes heures à me débarrasser le matin venu. Donc, c'est mieux si je ne rêve pas.
Dimanche dernier, ayant ouvert l'oeil à 7h, j'ai décidé de rester au lit un peu, et je me suis réveillée à 10h ! Genre le truc qui n'a pas dû m'arriver depuis une dizaine d'années. L'incubation du virus était probablement en cause aussi.

Bref, j'essaie d'être gentille avec moi-même, je fais plein de câlins/bisous à mes enfants, je me blottis contre mon mari le soir et je téléphone beaucoup à ma maman. C'est à peu près tout ce qu'on peut faire, je crois.

La semaine prochaine, elle arrive pour passer du temps avec nous. Je serai en vacances et les enfants aussi, et la météo prévoit une vague de chaleur inédite avec des températures atteignant les 28°C !! On ira à la plage ;) En attendant, il vente, il bruine, et il fait 17°C, et c'est déjà pas si mal...