samedi 11 août 2018

Août

3 semaines déjà que j'ai laissé les dragonnets en France, aux bons soins de leur Mamie et grands-parents paternels. C'est long, d'autant que Dragon2 était malade le jour où je suis partie (gastro), c'était très difficile de le laisser, et qu'il a enchaîné sur une otite pour bien faire...
Enfin, depuis on dirait qu'il a retrouvé la forme et il profite à fond de ses vacances, ce qui est le plus important.

Pour ma part, j'ai repris par dix jours consécutifs à l'hôpital dont les 3 derniers en garde, suivis dans la foulée de la pose d'implant sur la Tooth of Doom (la fameuse, celle que j'ai du repousser parce que j'avais enterrement...)
Après tout ça, Monsieur Dragon et moi on avait bien mérité quelques jours de repos, et on a profité de n'être qu'entre nous pour se faire une escapade dans le Sud de l'Irlande (Wexford puis retour dans le Kerry)






C'était très bien, vraiment relaxant. Je confirme que le Kerry et le Beara sont des régions magnifiques, sauvages, qui parlent à mon coeur. C'était cool de pouvoir prendre le temps de flâner, de remettre le pied à l'étrier pour une petite heure d'équitation (et constater au passage qu'on a vieilli et perdu muscles et souplesse), de profiter sans complexes du sauna, de la piscine et du jacuzzi. Nous avons terminé sur un excellent repas gastronomique (mmm, le capuccino de cêpes et le foie gras à la gelée de Tariquet...) avant de regagner la maison (calme, si calme...)

Il y a du mouvement à BigCompany. Ils vont restructurer les équipes, et comme Monsieur Dragon commence à faire figure de sénior avec ses 3 ans d'ancienneté, il s'est proposé pour être formateur des nouvelles recrues. Concrètement, ça veut dire qu'il va voyager davantage au cours des mois qui viennent, entre New York, Seattle et la Californie.
De mon côté, pas de changement. Mon binôme tente de trouver des pistes pour que quelqu'un reprenne son activité d'allergologie, et le chef de service et l'administration font admirablement l'autruche. Je crois que tout le monde part du principe que je vais tout assurer, sans cependant oser me poser la question de peur que je dise non. Bref, à la rentrée, il faudra sans doute que je mette les choses au clair.

La rentrée cette année me fait peur. Dans l'optique d'un retour en France à court / moyen terme, nous avons inscrit les dragonnets aux cours de français par le CNED, histoire de ne pas revivre la grande déstabilisation que nous avons vécue en arrivant ici. Mais plus les documents arrivent, plus je me dis que je n'y arriverai jamais.
1h30 de français par jour pour Dragon2, 8h par semaine pour Dragon1 !! Mais ils marchent sur la tête. Je galère déjà pour leur faire faire 20 minutes de devoirs faciles, je n'ai aucune idée de comment je vais réussir à faire bosser les deux surtout vu leurs difficultés.
Le niveau des trucs demandés me paraît adapté pour Dragon2, mais clairement compliqué pour Dragon1 qui a 4 ans de retard sur le programme... Et puis sincèrement, qu'est-ce qu'on en a à faire si c'est une conjonction ou une préposition ? Je trouvais déjà ça débile en primaire, ça ne s'arrange pas avec l'âge, et je sens qu'il va être difficile de passionner les enfants avec le sujet... :/
En même temps, c'est la preuve que c'est nécessaire, et peut-être même un peu trop tard.

Quand je pense au système de santé, à l'Education Nationale, aux mentalités en France, je me demande pourquoi on veut rentrer... Ah oui, la famille. Et aussi un peu le coût de la vie. Moi mon rêve, ce serait une maison au toit de chaume dans le Kerry. Plus modeste qu'un château, et tout aussi impossible.

On verra comment Dragon2 s'adapte aux horaires plus longs et au côté plus "formel" de la 1st class, quant à Dragon1 j'attends de voir ce que va donner l'afterschool, qui était bien compliqué en fin d'année. J'ai acheté un casque "anti-bruit" pour qu'il puisse s'isoler, j'espère que ça suffira. Entre le français et les difficultés en collectivité, j'espère ne pas avoir à arrêter complètement de travailler. Après avoir été inscrit à l'équivalent local du SESSAD en novembre 2016, il devrait finalement être évalué par la psychologue à la rentrée. Ca ne fait jamais que 2 ans d'attente. Tu penses bien que les choses ont complètement évolué depuis, mais enfin on ne va pas cracher sur un peu d'aide.

Financièrement, on a plutôt besoin d'assurer nos arrières et de mettre de côté vu l'incertitude ambiante. L'argent ne fait pas le bonheur, certes, mais quand on n'a pas à s'en préoccuper, c'est quand même plus simple d'organiser sa vie comme on l'entend, hein.
Je suis sidérée par ces familles qu'on a vues qui passent 2 semaines à 4 en hôtel de luxe avec des activités tous les jours. On ne grandit clairement pas dans le même monde.

Bref, j'ai beaucoup d'interrogations et d'angoisses, je suis assez pessimiste sur l'avenir de notre société et de notre planète, mon Papa me manque, avec qui il était facile de discuter de tout ça même quand nos avis ne concordaient pas.

Dans trois jours je prends l'avion au petit matin pour retrouver mes enfants. Je pense que ça ira déjà mieux quand j'aurai pu les serrer contre moi.

mardi 10 juillet 2018

Juillet

Les vacances ont commencé.

Une vague de chaleur peu commune s'abat sur l'Irlande, avec plus de 2 semaines de beau temps consécutives et des températures réellement estivales (mais juste ce qu'il faut :) Franchement, si ce n'était le problème de la sécheresse, j'aime assez la canicule irlandaise avec ses journées à 26°C, la petite brise marine, et les nuits à 17°C où on supporte la couette ! On se rapproche des records de 1976.
En revanche, la verte Eirinn est jaune... Ici, il n'y a pas de système d'irrigation et très peu de pompage en profondeur, vu que l'eau tombe régulièrement du ciel et qu'il suffit en général de la pomper dans les lacs et les rivières. Donc, quand il ne pleut pas pendant 3 semaines et que le niveau baisse, et que la qualité de l'eau se dégrade, ça pose vite souci.

En attendant, on en profite à fond, shorts, T shirts et sandales ! Mamie est arrivée pile au bon moment. On a pu aller à la plage, visiter le château de Trim, se promener au parc ou à Malahide, passer une très bonne journée à Bray avec visite de l'aquarium et fête foraine en bonus, pique-niquer à Newbridge farm, en plus des activités plus terre-à-terre comme couper les cheveux ou aller chez le dentiste :)



C'est sûr que Papi manque. C'est difficile de repasser à certains endroits et de chercher sa silhouette et son chapeau, de guetter sa voix parmi les promeneurs, ou de garder pour soi les commentaires qu'on aurait aimé partager avec lui. Malgré tout, je pense que ça nous a fait du bien.

Ce week-end, MonsieurDragon et moi-même avons profité de la baby-sitter gratuite pour retrouver des amis de longue date, et dimanche, c'est Mamie et moi-même qui sommes allées au théâtre pour voir Riverdance sur scène. C'était vraiment génial ! Je regrette d'avoir dû laisser tomber, puis il faut reconnaître que je manque de peps et de légèreté, mais qu'est-ce que j'aime l'irish dancing ! Ca me mets de bonne humeur et ça me donne envie de sautiller à chaque fois.



Mamie est repartie hier, tester l'été normal Toulousain. Les dragonets, eux, ont passé la matinée à crapahuter et faire des cabanes dans la nature. C'est une chouette association qui organise ça, initier les enfants à la nature locale, leur faire découvrir la faune et la flore, leur apprendre à la respecter, tout en encourageant le jeu et la débrouillardise. Dragon2 était totalement dans son élément, il s'est éclaté, allergies ou pas allergies. Il a vu des grenouilles et des chenilles, grimpé sur des arbres et cassé des bâtons mais il trouve que les chamallows grillés c'est pas bon, il les préfère crus.

Dragon1 a un autre discours : la nature c'est pas arrangeant, il y a des orties qui piquent et des ronces qui griffent, des mouches qui volent, et puis il a eu le nez qui coule et les yeux qui grattent, mais bon quand même leur cabane était la meilleure, mais heureusement qu'il y a la civilisation et son ordinateur à la maison !

Sinon, Joséphine refait des siennes, elle a refusé de démarrer hier. On pense que la chaleur et l'immobilité ont eu raison de sa batterie. Après avoir essayé de la recharger sans grand succès, on a fait appel à Roger pour l'aider un peu. On devait être drôles à voir MonsieurDragon et moi-même, penchés sur le moteur avec le manuel à la main pour essayer de comprendre où brancher les cables, mais bon, on a tout bien fait comme ils disaient, et ça a marché !
Cela dit, ça veut sans doute dire que Joséphine a besoin d'une nouvelle batterie...

Il continue à faire beau, je suis encore en vacances pour deux semaines à l'exception d'un jour où je dois assurer les consultations, le jardin fleurit et mes tomates Lidl poussent. Il faut bien admettre que le boulot ne me manque pas. Théoriquement, mon contrat s'arrête en Décembre, car le médecin dont je complète le mi-temps part. On m'a offert de passer à temps plein, mais je ne suis pas certaine de vouloir/pouvoir. Bref, on verra ce que nous amène 2019.





mercredi 20 juin 2018

Juin

Le mois de juin se termine, le temps continue de passer même si pour moi, une partie reste figée en mai.

On a repris l'école et le travail. C'est la fin d'année, on sent que les enfants comme les maîtresses n'attendent plus que les vacances.

Nous avons reçu les bulletins, et globalement c'est très positif. Dragon1 a passé ses tests standardisés de fin d'année la semaine de son retour et a la note maximale en anglais et "high above average" en maths (avec une petite note de la maîtresse qui pense que ce n'est pas un bon reflet et qu'il aurait pu faire mieux). Petite surprise, il est excellent en gaélique, alors que contrairement à son frère il n'en parle jamais (ça ne l'intéresse pas, dit-il). La production écrite reste son point faible, et l'éducation physique. Un vrai geek quoi.
D'ailleurs, depuis la semaine dernière, il a même le look qui va avec (début de myopie, il a maintenant des lunettes à porter en classe uniquement). Il est plutôt content.



Dragon2 se débrouille bien aussi. Il a de super notes en maths et en lecture, s'est vraiment beaucoup ouvert cette année et est maintenant bien intégré, demande à participer aux cours de la classe plutôt que d'aller avec sa support teacher, donc les soutiens ont été beaucoup diminués. Il aime et se débrouille assez bien en éducation physique. En revanche, l'écriture et l'indépendance/organisation sont encore bof-bof. Bref, de gros progrès. Il y a un risque de devoir remettre un peu plus de soutien avec le passage en First Class l'année prochaine (cours plus "formels", journées plus longues...) mais les maîtresses en ont conscience. On réevaluera après la rentrée.

Du tout bon, donc, pour mes dragonets rayés.

A la maison, on gère le deuil comme on peut. Bien qu'ils mènent leur vie avec la même énergie qu'à l'accoutumée, de petits signes montrent que ça travaille là-haut. Ils sont tous les deux en demande de câlins ++. Peut-être aussi parce qu'ils me sentent triste, je ne compte plus le nombre de bisous spontanés ou de déclaration d'amour que je reçois dans la journée. Ca aide.
En même temps, ils ont lourdement conscience que rien n'est infini, pas même une maman. Au fil des jours (des nuits surtout), ils peuvent dire à quel point ils seront tristes quand je mourrai, et qu'ils voudraient mourir le même jour que moi, ou apprendre à réanimer pour que "si (je) sens que (je) meure un peu" ils puissent me sauver. C'est dur de leur répondre. Je suis encore jeune, je suis en bonne santé, j'ai pas l'intention de mourir tout de suite (oui, mais voilà des fois, ça ne suffit pas, et cette vérité là, elle flotte près de nous, et j'aurais aimé qu'ils l'ignorent encore un moment).

Papi apparaît dans les conversations alors qu'il en faisait très peu partie jusqu'à maintenant : passer devant la piscine rappelle la fois où il avait accompagné à la leçon de natation, ou les deux carrés de chocolat du goûter font une croix "comme sur le cercueil de Papi".

Dimanche dernier a été une journée difficile. 1 mois pile et la fête des Pères, les messages partout qui disent "To an amazing Dad !". Un mois seulement. C'est à peine croyable.

Moi, je suis je pense en phase "dépression" du processus de deuil. La tristesse aigüe m'a quittée, je ne pleure plus aussi souvent, mais j'ai le cerveau lent et comme anesthésié, et tout me demande une énergie plus importante. J'étais contente que le service soit calme la semaine dernière parce que même comme ça, je suis claquée (et aussi un peu sans doute parce que j'ai choppé le virus à la mode). J'ai bien fait de couper mes cheveux, ils tombent par poignées. Le choc, j'imagine.
J'avance à la petite semaine, et bien que je sache qu'il est temps de réfléchir aux grandes orientations de notre vie, je n'en n'ai juste pas les capacités à présent. Il est plus sage de se laisser porter et d'attendre que l'énergie / l'envie reviennent.
Je dors. Les anti-histaminiques me font office de béquille, ma fatigue a raison de moi le soir et je dors. Je ne rêve pas trop, ce qui est une bonne chose car mes rêves ont toujours été très limpides à analyser, et les deux ou trois dont je me souviens depuis le mois dernier m'ont laissé une sale impression de tristesse et d'angoisse dont j'ai à chaque fois mis deux bonnes heures à me débarrasser le matin venu. Donc, c'est mieux si je ne rêve pas.
Dimanche dernier, ayant ouvert l'oeil à 7h, j'ai décidé de rester au lit un peu, et je me suis réveillée à 10h ! Genre le truc qui n'a pas dû m'arriver depuis une dizaine d'années. L'incubation du virus était probablement en cause aussi.

Bref, j'essaie d'être gentille avec moi-même, je fais plein de câlins/bisous à mes enfants, je me blottis contre mon mari le soir et je téléphone beaucoup à ma maman. C'est à peu près tout ce qu'on peut faire, je crois.

La semaine prochaine, elle arrive pour passer du temps avec nous. Je serai en vacances et les enfants aussi, et la météo prévoit une vague de chaleur inédite avec des températures atteignant les 28°C !! On ira à la plage ;) En attendant, il vente, il bruine, et il fait 17°C, et c'est déjà pas si mal...

jeudi 7 juin 2018

Roger

Roger est vieux. Il présente bien mais il est un peu poussif, plus très à la page. Un peu comme un vieux monsieur un peu ronchon mais qui sait ce qu'il fait. Il fume un peu, peine dans les côtes, a quelques fuites, grince le matin. Mais il fait son job. C'est qu'il a quelques kilomètres au compteur, Roger. 189273 très exactement. Si je devais baptiser mon véhicule, c'est définitivement Roger que j'utiliserais.

Bref, Roger doit passer sa visite annuelle, et jusqu'à présent il s'en sortait comme un jeune homme. Sauf que cette année, il a été recalé. Paraît qu'il a les roues pas droites. Donc je l'ai emmené chez le garagiste, qui lui a donné une petite tape dans le dos, ne m'a pas fait payer et j'avais pris rendez-vous pour le re-test.

Manque de bol, il a fallu repousser pour causes d'événements intercurrents. C'est donc MonsieurDragon, rentré plus tôt de France, qui l'a emmené au dernier jour de la date de validité. Manque de bol encore, Roger a de nouveau été recalé. Cette fois, on est hors la loi. Théoriquement, faut tout reprendre à zéro et repayer le test entier, mais la dame du téléphone a été très gentille, elle a annulé la surfacturation pour changement de rendez-vous au dernier moment et me fait une ristourne sur le prochain test...

Donc parmi les choses urgentes à faire en rentrant à la maison, il fallait s'occuper de Roger. Nouvelle visite chez un autre garagiste cette fois (comme j'ai payé, j'espère qu'il a fait son boulot et lui a remis les roues droites, au moins assez pour rentrer dans les bonnes cases...) et nouveau rendez-vous au centre de contrôle technique pour demain.

Et puis ce matin, sur l'autoroute, le rétroviseur passager de Roger se met à vibrer. Genre vraiment beaucoup. Genre ça me gêne pour conduire. Genre le miroir va se casser la gueule, et là dans ma tête et j'entends déjà le "pling" cristallin du truc qui s'écrase sur la chaussée et le "Sorry, love" de la dame de demain qui m'explique que les roues ça va mais que sans rétroviseur, pas de petit papier rond à accrocher à mon pare-brise. J'ai envie de pleurer.
Mais comme j'ai beaucoup regardé McGiver dans ma jeunesse, je m'arrête dans une station service, j'achète un paquet de chewing gums, j'en mâche trois, et je colle ma boule avec ce petit sentiment d'être une vraie délinquante alors qu'en fait, bon, c'est ma voiture et je colle des chewing-gums sur le rétro si je veux.
Ca marche... un peu.

Disons que ça vibre moins, mais pas de bol, il fait beau et chaud en Irlande en ce moment et le chewing-gum, ça s'étire. Je ne dépasse pas 110 sur l'autoroute, j'évite soigneusement les nids de poule, mais malgré tout, le blob s'affaisse. Suffisamment lentement néanmoins pour parvenir à la maison avec un miroir entier (et un peu baveux/sucré).

Là, j'ai sorti mon pschitt-pschitt et mon chiffon, mes gants en polypropylène à usage unique, ma fiole de super glu, et j'ai recollé le bouzin (je ne dirais pas proprement, mais je fais ça en dilettante, hein...)
Ne reste plus qu'à prier pour que ça tienne et qu'en ressortant tout à l'heure, je ne retrouve pas le miroir en miettes à côté de Roger. Prier pour que ça tienne au moins jusqu'à demain 10h45 (et promis je vais faire très très attention à tous les petits trous sur la route) et pourquoi pas un peu plus longtemps si ça pouvait m'éviter de racheter un rétroviseur neuf à Roger.

Alors si avec tout ça, Roger est encore recalé demain... Ben je ne sais pas ce qu'on devient.

(Et ça, c'est sans parler de Joséphine, le véhicule de Monsieur, qui fait son intéressante chez le garagiste depuis 1 semaine. Enfin il semblerait qu'elle revienne aujourd'hui ou demain.)

Bref. C'est que des petits tracas, mais ça occupe, surtout quand on a la tête à moitié ailleurs, puis ça finit par coûter. A la fois, on relativise, parce que franchement c'est peanut, mais quand même, on s'en passerait bien.

[Update : Roger a son papier !! Les roues sont droites et le rétroviseur est toujours là, un an de sursis]

dimanche 27 mai 2018

Growing up

J'avais prévu de poster un petit billet sur growing up day, comment ça s'était bien passé, à quel point j'étais fière de mon Dragon1 et comment j'espérais que les émotions allaient retomber un peu maintenant.

Mais ça c'était avant. Avant le coup de fil de jeudi 17 mai, alors qu'on lisait le livre sur les hummingbirds, l'appel qui m'annonçait que Papi B., mon papa à moi, était mort. Comme ça, pouf. Parti en randonnée comme chaque semaine, tout va bien, il marche et discute avec ses collègues, et puis pouf. Il tombe, son coeur s'arrête, et c'est la fin.

Autant dire que ce fut un sacré choc, le vendredi matin d'annoncer aux enfants que non, on ne va pas à l'école, on prépare la valise et on saute dans l'avion pour rejoindre le reste de la famille. Très honnêtement, je crois qu'au début le côté vacances à l'improviste + visite des cousins est ce qui les a le plus marqués. Il a fallu quelques jours pour que la réalité les touche, et comment leur en vouloir, quand je peine encore à y croire moi-même ?

Ce fut une longue semaine jusqu'aux funérailles, ce fut un jour éprouvant, que nous avons tous traversé avec nos hauts et nos bas, nos mécanismes de défense. MonsieurDragon, dont le moral n'était déjà pas au beau fixe, est devenu mutique, Dragon1 passe de discours enjoués sur Minecraft à de gros sanglots, chougne pour un oui ou un non et répète à l'envi que "c'est pas juste" (alors qu'on est tous d'accord que ce qui n'est pas juste, c'est que son Papi soit parti). Dragon2 gigote et fait le difficile à table, promène ses doudous partout, se colle à tout le monde et de temps en temps nous sort quelques vérités non fardées, avec beaucoup de questions sur la vie, la mort, et la peur de me perdre. Moi...

Moi, très honnêtement, je ne sais pas bien. La mort de mon papa me fait passer d'un coup de "grande petite fille qui peut courir trouver refuge chez ses parents à tout moment" à "adulte responsable qui doit veiller sur sa maman". Après les vagues de chagrin qui m'ont assaillies la semaine dernière en me laissant à genoux en train de reprendre mon souffle, je nage désormais dans une eau froide et grise, la tristesse colore tout ce que je fais. J'ai déconnecté mes émotions et j'agis, pas après pas, jour après jour, en me demandant encore pourquoi on en est là, et si c'est vraiment vrai que je ne le reverrai plus.

Je suis infiniment reconnaissante de notre belle famille, je me suis rarement sentie aussi proche de mon frère que ces derniers jours, on a beaucoup pleuré tous les quatre, ma mère, mon frère, ma soeur et moi, mais on était ensemble et j'y puise une sacrée force, malgré que nous soyons tous encore vacillants sous ce coup du sort.

Les cendres dispersées, les gens le sont aussi, retournant à leurs occupations. Nous tâchons de reprendre le cours d'une vie qui n'est plus la même.
Pour les dragonnets et moi, nous jouons les prolongations auprès de Mamie. C'est un peu bizarre, la maison est la même mais semble différente, il y a des souvenirs de Papi dans tous les recoins.

J'imagine qu'il faudra du temps pour s'adapter à cette absence, j'imagine que ce premier "vrai" deuil va marquer une époque dans la vie de mes enfants, j'imagine que j'ai devant moi plusieurs mois d'angoisse et de comportements difficiles. J'imagine que cette mauvaise blague m'aura fait grandir d'un coup, moi qui ai toujours détesté ça.

Pourquoi, Papa ?

mercredi 9 mai 2018

Mai

Ca ne m'avait pas manqué. Les convocations un peu gênées sur le mode "y a rien de grave hein, mais on voudrait vous parler..." Deux cette semaine pour Dragon1, une pour l'afterschool, une pour la maîtresse.

C'est vrai que dernièrement il est plus à fleur de peau. C'est vrai qu'il a émis le souhait de ne plus aller à l'afterschool et de rentrer seul à la maison retrouver sa chambre et son ordinateur après l'école.
C'est vrai qu'il prépare depuis un mois une "cérémonie de passage" (growing up day) et que ça lui met la pression. C'est vrai que son père était absent pendant 2 semaines. C'est vrai que j'ai mentionné que peut-être je devrais travailler plus et que ça lui a paru insurmontable. C'est vrai qu'effectivement, j'ai enchaîné en peu de temps week-end puis jour férié de garde, et jours supplémentaires à l'hôpital. C'est vrai qu'il dit y voir moins bien au tableau et a peur de devoir porter bientôt des lunettes. C'est vrai qu'il ressent de plus en plus un décalage entre lui et les autres, et que ça commence à le travailler alors qu'il s'en foutait jusque là.

Tout ça est vrai.

Et c'est vrai aussi que tout équilibre avec lui reste précaire, et que petite goutte par petite goutte, on fait tout basculer.
Et qu'une fois par terre, c'est encore et toujours moi qui ramasse, qui remonte, qui recolle, qui répare, qui caresse dans le sens du poil les uns en tapotant la main des autres.

C'est lourd. C'est dur. J'en ai marre.
Des fois, j'aimerais imaginer qu'on est une famille presque comme les autres et puis, ben non. Après, c'est peut-être aussi difficile pour les autres, qu'en sais-je ? Juste, y a des soirs où je me demande où je vais bien pouvoir trouver l'énergie.

Oh, je la trouverai, je le sais bien. Grosso modo, on va sortir le blabla habituel, blabla "gestion des émotions", blabla "toolbox", blabla "dialogue positif", blabla "reward chart", blabla blabla... Je vais doubler la dose de câlins en remettant des limites ici et là, dépenser des sous pour un casque anti-bruit qui sera cassé dans un mois et compter sur le temps, mon plus fidèle allié, pour que la vague retombe, que revienne un semblant d'équilibre et tout le monde pourra s'auto-congratuler sur l'efficacité de ces réunions et des mesures prises. Youhou \o/

Ca se voit peut-être un peu trop que je suis désabusée là non ? :p

Bon, alors pour ne pas finir sur une note trop négative, disons que Dragon2, lui, ben ça va. Il n'y a rien à dire, ce qui n'est déjà pas mal. Au contraire, il reste très cool devant les remarques parfois très blessantes ou injustes de son frère, et je suis très fière de lui. Pourvu que ça dure !

samedi 14 avril 2018

Avril

Difficile de croire que nous sommes déjà mi-avril tant l'hiver se traîne, sauf quand le soleil se décide à sortir comme aujourd'hui. Une belle après-midi ensoleillée, ça nous manquait !

Les enfants sont présentement en train de sauter sur le trampoline d'une copine de classe de Bastien qui habite dans le quartier, et dont on a croisé le petit frère en revenant du parc, qui du coup est venu chez nous et a invité les enfants à aller chez lui après (vous suivez ?)
C'est tellement chouette pour eux, j'espère qu'il n'y aura pas de drame !

Les vacances sont terminées, on ne les a pas vues passer.
La première semaine nous sommes restés ici, on en a profité pour visiter des trucs dans le coin, comme le moulin de Skerries ou  le Zoo de Dublin. C'était très sympa.






Le temps de ramasser les oeufs dans le jardin, quelques cours de cuisine au Centre Aéeré, et les grands-parents Dragon sont arrivés. C'est la première fois qu'ils nous rendaient visite depuis que nous nous sommes expatriés, ils ont pu tester "en grandeur réelle" le climat irlandais ;)
Moi, j'assurais la garde de week-end à l'hôpital, globalement ça s'est plutôt bien passé même si 3 jours et 3 nuits d'affilée ça paraît très long. Les nuits ont été assez calmes, heureusement.


La récolte fut bonne



Ensuite, l'école a repris, dernier trimestre. Cette première semaine était un peu spéciale puisque nous avions encore des invités. On a planté un beau rhododendron dans le jardin, espérons qu'il s'y plaira.

Le week-end prochain, MonsieurDragon repart aux USA pour 2 semaines. A ce stade, ça devient presque habituel, on va reprendre nos petites habitudes de vie à 3...

Ce matin, c'était atelier coiffeur et ça s'est très bien passé. Conditionnés, prévenus, une vidéo, un tablier, une douche après... Aucun cri, ni de leur part ni de la mienne. C'est rien, mais c'est beaucoup pour des enfants avec des troubles de sensorialité. Je suis contente et fière de nous.
Maintenant, ils sont encore plus beaux !