Novembre 2015.
Deux mois que nous sommes arrivés en Irlande, l'adaptation des enfants et notamment de Dragon1 est très compliquée, la principale regrette déjà de les avoir acceptés, on le montre en urgence à une psychologue très mécontente, qui m'accuse d'être une menteuse et critique mes capacités professionnelles, parce que franchement, pour une pédiatre, ne pas se rendre compte que son fils est autiste c'est un comble... Après on me montre à un gentil monsieur qui dit qu'il va faire ce qu'il peut pour obtenir une SNA, mais que ce serait bien quand même que je l'inscrive dans une école pour enfants "atypiques". On bricole comme on peut et on démarre un Assessment Of Needs (un diagnostic multidisciplinaire pour évaluer le handicap).
Janvier 2019.
Après avoir changé de juridiction, avoir attendu que le poste de psychologue soit remplacé, avoir rappelé 2 ou 3 fois mon existence, et être repassés par l'ensemble de la batterie de tests disponibles, nous disposons enfin d'un diagnostic pour Dragon1.
High Functioning Autism Spectrum Disorder.
Un autiste intelligent quoi. Très (trop ?) intelligent même, cette fois chiffré par un vrai chiffre de QI interprétable. Un autiste mais qui parle, beaucoup, et très bien (l'orthophoniste dit que c'est le plus haut score qu'elle ait chiffré, et pour un gamin qui ne parlait pas un mot d'anglais il y a 3 ans 1/2).
Mais un autiste quand même parce qu'il sait pas trop y faire avec les copains de son âge, qu'il réagit fort à la lumière et aux bruits, et pas assez à son propre corps, et parce que ses émotions sont compliquées à gérer.
Le fait est qu'on a déjà, par tâtonnements, mis en place beaucoup de choses qui l'aident. Son lit-cabane et son nid de couvertures. Nos journées bien codifiées. Les aménagements en classe et la SNA évidemment. Le casque anti-bruit.
On va pouvoir ajouter désormais des ateliers d'aide à la communication sociale et un aménagement de l'écriture, plus de stimulation en classe pour aider à le garder concentré.
Mais quoiqu'on mette en place, ça veut quand même dire que ces difficultés font partie intégrante de lui, et qu'il faut que je m'attende à d'autres "meltdowns" inexpliqués, que les amitiés (et les amours plus tard) resteront compliquées, que le monde du travail sera plus difficile à intégrer, quoiqu'il en soit.
Bon, en même temps, s'il faut être honnête, j'aurais bien eu besoin d'ateliers d'aide à la communication sociale à l'école primaire (et peut-être même encore maintenant !), peut-être qu'un kiné qui aurait fait un vrai bilan au lieu de me frapper à coups de montre aurait aussi diagnostiqué un défaut de proprioception que tous les "tiens toi droite" du monde ne corrigeaient pas, et j'ai jamais passé de test de QI mais j'étais la seule en cinquième à m'intéresser davantage aux fenêtres à meneaux qu'au dernier boys band...
C'est encore plus criant du côté de Monsieur Dragon, alors l'hérédité, la génétique, les chiens et les chats qui ne se rencontrent pas par hasard tout ça... C'est peut-être pas si bizarre, finalement, ce dragon-zèbre.
Bref. Au quotidien ça ne change pas grand-chose. Je culpabilise encore moins d'avoir débuté la mélatonine finalement, puisqu'il y a une vraie indication. Il est heureux, il a des copains. Pour le futur en revanche, ça oblige à changer légèrement de perspective, et à admettre qu'on n'a pas fini d'en chier (pour résumer simplement).
(Accessoirement, la psy nulle du début et le monsieur gentil avaient tous les deux raison, et je suis la pédiatre pas fichue de voir un autiste sous son nez. Ajoutez à ça que la semaine prochaine je commence des consultations d'allergo en ne connaissant que ce que j'ai lu sur le site internet de la société d'allergo irlandaise, mon syndrome de l'imposteur se porte à merveille, merci bien !)
Initialement destiné à recueillir mes impressions et commentaires sur le passage de la vie française à la vie irlandaise, ce blog a subrepticement glissé vers un récit de ma vie de maman de deux "atypiques" (autisme, troubles sensoriels, dyspraxie, haut potentiel, THADA/hyperactivité, j'ai un bel échantillon de ce que peut offrir la neuropsy !) Chez nous, être normal, c'est avoir des écailles et des ailes aux motifs bariolés.
jeudi 24 janvier 2019
vendredi 11 janvier 2019
Janvier
*Soupir*
Je soupire beaucoup, ces derniers temps. C'est l'effet Janvier. On se sent un peu déphasé après les fêtes, comme alourdi (alors que, gastrite oblige, j'ai été plutôt raisonnable), un peu ensommeillé et comme clignant des yeux en essayant de trouver un sens à cette année 2019 qui nous fait face.
Nous avons passé les fêtes de Noël en famille, c'était à la fois très semblable à toutes les autres fois, et en même temps Papi manquait. Personne pour oublier de me proposer du vin, se resservir une papillote mais pas deux, se réjouir en mettant un CD de chants de Noël, remettre du bois dans le poêle ou distribuer les cadeaux avec son chapeau rouge et blanc. Il pleuvait un peu au cimetière, j'ai pleuré seule sur mon banc, et puis je suis allée rire en partageant un jeu avec mon frère et ma soeur, parce c'est la plus belle façon d'honorer sa mémoire.
J'ai rattaqué très vite après être rentrée, c'est Monsieur Dragon qui gardait les enfants et faisait la vaisselle pendant que je travaillais. Et tout s'est bien passé. C'était plutôt cool de trouver mes petits geeks tout tranquilles et relax en rentrant du boulot.
Depuis lundi l'école a repris. On ne peut pas dire qu'ils l'attendaient impatiemment, mais ils y sont allés sans trop râler non plus.
Dragon1 ne quitte plus ses lunettes maintenant : il dit que sa vue a baissé et qu'il y voit vraiment mieux avec tout le temps. Cet après-midi nous sommes retournés chez la psy pour une évaluation supplémentaire. Si j'ai lu correctement entre les lignes de ce qu'elle a dit, certains indicateurs pointent vers une forme d'autisme, et elle voulait évaluer davantage ses capacités de jeu et d'interaction lors d'une séance filmée. Elle nous contactera Monsieur Dragon et moi-même quand elle aura fini d'analyser tout ça. Nous avons repris la mélatonine à la demande de l'intéressé. Le soir où on l'a oubliée, il a joué une partie de la nuit et était crevé le matin. Je n'ai pas eu d'appel de l'école, fort heureusement.
Dragon2 pousse à vue d'oeil. Il grandit et s'allonge, et il a perdu en peu de temps ses mignonnes riquiqui petites dents de lait pour les gros chicots familiaux. La chambre d'inhalation avec le masque s'est cassée dans la valise du retour, du coup on essaie la chambre "de grand", celle où il faut inspirer par la bouche uniquement. Pas certaine de la technique, mais pas certaine non plus qu'il ait vraiment encore besoin de son traitement. On a essayé 1 mois de Singulair sans grosse différence. Son nez reste constamment bouché et une usine à snot, son audition laisse à désirer, je pense qu'il va falloir sérieusement reconsidérer de faire enlever ces végétations...
De mon côté... pareil. D'un côté le chef de service me demande de préparer un grand projet pour désengorger les listes d'attente des consultations, de l'autre l'administration fait la sourde oreille, refuse de me dire ni oui ni non sur la prolongation de mon contrat, et agite son petit sucre en me poussant à faire de l'allergo (rien à foutre si je suis formée ou non, ce qui compte c'est que les chiffres diminuent).
Bref, d'explications en concessions, il semble que nous soyons parvenus à un accord, disons que j'ai obtenu ce matin une date à laquelle je dois commencer les nouvelles consultations (si la salle est libre et les infirmières aussi, et euh, si j'ai un contrat de travail aussi, bien évidemment...)
Bande de branquignolles.
Bref. Nos vies sont au moins aussi instables que le climat politique US, français ou britannique, au moins on est dans l'air du temps. Deux mois avant le Brexit, rien n'est prévu, personne n'a la moindre idée de ce qui va réellement se passer, on sait juste que ce sera la merde mais don't say it loud dear, stiff upper lip et tout le tralala. A croire que c'est organisé par des gens de l'Administration... #Oh wait !
Comme nous disions avec Monsieur Dragon, cette année 2019 donne une impression de "fin de saison", tu sais, l'épisode où toutes les merdes des épisodes précédents convergent pour créer un nouveau chaos et un bon cliffhanger propice à la Saison 2.
Personnellement, pour l'instant, je trouve que les scénaristes en font un peu trop et que c'est globalement mal écrit. J'aimerais bien qu'on change de showrunner.
(Mandieu, je me franglise à vue d'oeil, regardez-moi tous ces bouts d'anglais qui se glissent ça et là...)
vendredi 14 décembre 2018
It's beginning to feel like Christmas
Oui, ça sent vraiment Noël
Et tant mieux, ce n'est pas trop tôt.
Au final, mes douleurs un peu partout se sont transformées en grosse douleur nocturne, du genre à croire que tu t'es pris un pieu en travers du sternum pendant que tu dormais, et après 3 nuits de ce régime, j'ai fait comme chacun : je suis allée voir mon médecin. Qui m'a dit que je faisais un ulcère et qui m'a mise sous traitement en me menaçant de m'envoyer avaler un tuyau si ça ne marchait pas dans la semaine.
Fort heureusement je me sens mieux, mais j'écope donc d'un mois d'inhibiteurs de la pompe à protons, et je dois éviter plats épicés, alcool, ibuprofène et chocolat... Pile la bonne période pour ça. On garde le tuyau en réserve pour si ça recommence à l'arrêt du traitement. Cool.
Par une étrange non-coïncidence, l'administration, après avoir été copieusement saoûlée par mon chef de service, et sans doute lassée de mes mails, a fini par étendre mon contrat jusqu'au 14 janvier, puisque le nouveau docteur n'arrive que le 15. La directrice aurait même, paraît-il, accepté que je reste 6 mois à mi-temps pour aider à réduire la liste d'attente des consultations de pédiatrie générale, et soutenir le nouveau médecin pendant qu'il se forme à l'allergologie. Après, moi j'ai rien vu d'écrit encore. Mais bon. Les agences d'interim se sont jetées sur mon CV comme un poisson rouge affamé sur ses boulettes, et puis j'en ai assez de me ruiner la santé pour eux.
Dragon1 dort mieux. 10 jours de mélatonine l'ont bien recalé, il s'endort maintenant facilement et se réveille sans soucis, à tel point qu'on a arrêté. Des fois, je me dis que je suis bien conne de ne pas avoir essayé plus tôt.
J'ai presque tous mes cadeaux de Noël, enfin j'espère. C'est bête mais j'anticipe avec joie, alors que je sais que ça va être dur, mais quand même, j'ai plutôt envie de me réjouir. J'ai rêvé de mon papa pour la première fois depuis bien longtemps, et ça faisait tellement du bien de tenir sa main et d'entendre sa voix. Le cerveau n'oublie pas. Alors oui, je pleure dans les magasins quand je vois un magnifique "pull moche" (comme il appelait les Christmas jumper) qu'il aurait adoré, que j'avais promis de lui offrir cette année et que je ne lui offrirai jamais. Mais je crois aussi qu'il aimait vraiment bien cette période et qu'il sera là avec nous. Je me suis d'ailleurs acheté une robe moche rien que pour ça.
Nous avons cédé à une autre tradition irlandaise : l'Elf on the Shelf
Ce petit lutin s'installe dans la maison, observe en silence toute la journée, et le soir retourne tout raconter à Santa, puis revient au petit matin, dans un autre endroit et une autre position. Parfois, on le surprend figé en pleine bêtise. Mais attention ! Si les enfants le touchent il perd momentanément sa magie et ne peut pas dire au Père Noël ce qu'ils veulent ou s'ils ont été bons ou mauvais.
Le nôtre est une fille et s'appelle Sparkle.
Côté météo, on n'est pas déçus : pluie et vent et vent et pluie. Il fait froid et humide, mais pas super froid non plus. Le jour tombe à 15h30, il fait nuit noire à quatre heures et demie...
Et tant mieux, ce n'est pas trop tôt.
Au final, mes douleurs un peu partout se sont transformées en grosse douleur nocturne, du genre à croire que tu t'es pris un pieu en travers du sternum pendant que tu dormais, et après 3 nuits de ce régime, j'ai fait comme chacun : je suis allée voir mon médecin. Qui m'a dit que je faisais un ulcère et qui m'a mise sous traitement en me menaçant de m'envoyer avaler un tuyau si ça ne marchait pas dans la semaine.
Fort heureusement je me sens mieux, mais j'écope donc d'un mois d'inhibiteurs de la pompe à protons, et je dois éviter plats épicés, alcool, ibuprofène et chocolat... Pile la bonne période pour ça. On garde le tuyau en réserve pour si ça recommence à l'arrêt du traitement. Cool.
Par une étrange non-coïncidence, l'administration, après avoir été copieusement saoûlée par mon chef de service, et sans doute lassée de mes mails, a fini par étendre mon contrat jusqu'au 14 janvier, puisque le nouveau docteur n'arrive que le 15. La directrice aurait même, paraît-il, accepté que je reste 6 mois à mi-temps pour aider à réduire la liste d'attente des consultations de pédiatrie générale, et soutenir le nouveau médecin pendant qu'il se forme à l'allergologie. Après, moi j'ai rien vu d'écrit encore. Mais bon. Les agences d'interim se sont jetées sur mon CV comme un poisson rouge affamé sur ses boulettes, et puis j'en ai assez de me ruiner la santé pour eux.
Dragon1 dort mieux. 10 jours de mélatonine l'ont bien recalé, il s'endort maintenant facilement et se réveille sans soucis, à tel point qu'on a arrêté. Des fois, je me dis que je suis bien conne de ne pas avoir essayé plus tôt.
J'ai presque tous mes cadeaux de Noël, enfin j'espère. C'est bête mais j'anticipe avec joie, alors que je sais que ça va être dur, mais quand même, j'ai plutôt envie de me réjouir. J'ai rêvé de mon papa pour la première fois depuis bien longtemps, et ça faisait tellement du bien de tenir sa main et d'entendre sa voix. Le cerveau n'oublie pas. Alors oui, je pleure dans les magasins quand je vois un magnifique "pull moche" (comme il appelait les Christmas jumper) qu'il aurait adoré, que j'avais promis de lui offrir cette année et que je ne lui offrirai jamais. Mais je crois aussi qu'il aimait vraiment bien cette période et qu'il sera là avec nous. Je me suis d'ailleurs acheté une robe moche rien que pour ça.
Nous avons cédé à une autre tradition irlandaise : l'Elf on the Shelf
Ce petit lutin s'installe dans la maison, observe en silence toute la journée, et le soir retourne tout raconter à Santa, puis revient au petit matin, dans un autre endroit et une autre position. Parfois, on le surprend figé en pleine bêtise. Mais attention ! Si les enfants le touchent il perd momentanément sa magie et ne peut pas dire au Père Noël ce qu'ils veulent ou s'ils ont été bons ou mauvais.
Le nôtre est une fille et s'appelle Sparkle.
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| Meet Sparkle |
Fort heureusement, un nouveau pub vient d'ouvrir accessible à pieds depuis la maison. C'est bête que je ne puisse pas boire ou manger trop gras, parce que ce dont j'ai envie présentement, c'est de boire une pinte avec des amis, devant un feu de cheminée.
Deux amis proches ont perdu leur maman au cours des 10 derniers jours, quelle terrible période. Vraiment. 2018, l'année des orphelins de Pernfr. C'est terrible de se dire qu'après la période où on est diplômé, celle où l'on se met en couple, nous attaquons celle où nos parents meurent... C'est peut-être ça, avoir des amis de 20 ans...
Je ne suis que de loin les turbulences françaises, parce que j'en pense pas grand chose, et que ce n'est pas bon pour mon ulcère de toutes façons. J'ai proposé mon aide à une fille rencontrée sur Twitter qui souhaite se reconvertir professionnellement et ça me fait me sentir bien.
Le monde a besoin de gentillesse et de chaleur humaine. Beaucoup. Ca tombe bien, c'est la période il paraît.
vendredi 30 novembre 2018
Montagnes russes
Life is a rollercoaster...
Novembre est passé si vite cette année... Nous avons enchaîné les rendez-vous psy, le boulot, la (re)visite de Mamie... Pas eu le temps de m'attarder sur les jours raccourcis et la grosse pluie froide qui nous tombe dessus.
Côté psy, nous avons fini les évaluations de Dragon1. On attend d'être convoqués pour le rendu du verdict et le plan pour la suite. Il a très bien participé, j'ai répondu à un milliers de questions le concernant, on verra ce qu'ils nous disent.
Après plusieurs très bons jours, et un très bon week-end, lundi matin j'ai trouvé la tablette allumée dans son lit. Nous avions oublié qu'elle était dans sa chambre, et, comme il se réveille la nuit, il y a joué. Genre jusqu'à 6h. Comme je travaillais, je l'ai mis à l'école quand même, mais la maîtresse a rappelé parce qu'il s'était endormi en classe. J'ai dû me faire remplacer au pied levé et aller le chercher.
Il est donc définitivement privé de tout type d'écrans jusqu'à nouvel ordre. Après un gros mélodrame, il semble s'y adapter étonnamment bien. Il m'aide à faire les lessives, bricole, dessine, s'essaie au crochet... Il dort un peu mieux, mais se réveille quand même la nuit.
J'en ai discuté avec ma collègue spécialiste des troubles du développement, et elle recommande de le mettre sous Mélatonine. On va donc essayer. Si on peut améliorer son sommeil, ça ne peut qu'aider à mieux se contrôler en journée.
J'ai aussi rencontré la psychologue pour Dragon2. On a repris toute son histoire, et celle de notre famille, et là elle me dit "oui, effectivement, vous êtes au bon endroit, et je crois qu'on va pouvoir vous aider". Ca m'a fait tellement bizarre que j'en ai pleuré. Je crois que je ne réalisais pas à quel point je suis seule à tout porter jusqu'à ce qu'on me propose (enfin) une aide que je n'espérais plus. Bon évidemment, le premier atelier qu'elle me propose est un jour où je bosse, mais on doit de toutes façons se revoir autour de Février. Tant mieux !
Et puis, j'ai parlé de tout ça à la mienne, de psy, qui m'encourage à me centrer sur moi, et à prendre soin de moi.
Moi... J'ai des douleurs un peu partout, mes hormones font le yoyo comme si j'avais de nouveau 14 ans. J'ai eu des journées très chargées au travail, fatiguantes mais stimulantes en même temps, de celles où je me dis que je suis pas si mauvaise à ce que je fais, et que décidément, je kiffe la néonat.
J'ai beaucoup discuté avec mon chef de service. Depuis 3 mois que mon collègue a officiellement remis sa démission, l'administration a été incapable de me dire si je serais prolongée ou pas. J'ai eu beaucoup de pression pour passer à temps plein, mais j'ai refusé. Ils ont donc cherché (et trouvé) quelqu'un à plain temps pour le remplacer. Toute l'équipe souhaite me garder, et mardi on m'a annoncé qu'on allait créer un demi-poste pour moi, sur un CDD de 6 mois. Nickel ! Ca implique quand même de transférer tous mes patients aux soins du nouveau docteur, de laisser le Paediatric Assessment Unit, et de travailler davantage en consultations et en néonat. Ca me va, je peux le faire.
Jeudi, le chef de service m'annonce que malgré la décision du Pôle Femme-Enfant, la Direction a mis son veto et refuse d'entériner la création d'un demi-poste, bien que la personne recrutée ne puisse probablement pas commencer avant Février et qu'il y ait 2 départs de PH au 1er janvier... Ce sera donc 3 départs, puisqu'il est hors de question que je bosse sans contrat de travail valide. C'est con, parce que j'étais justement prévue pour assurer le service la première semaine de janvier...
C'est quand même difficile de se dire qu'ils savent ce qu'ils font et ont à coeur le bien-être de leurs équipes et la sécurité des usagers (on ne dit pas patient, en langage administratif, on dit usager).
Moi, j'ai plutôt l'impression que ce sont de gros cons. Mais bon, je suis pas objective :)
Passé le coup de bambou et la grosse amertume, j'en prends mon parti. Avec les vacances de Noël, il ne me reste donc que 10 jours et 2 gardes à travailler. Après, je me réinscrirai en boîte d'intérim, j'aurai le luxe de choisir mes missions et d'être payée trois fois plus pour le même travail. Peut-être même, je prendrai un mois ou deux pour moi et les enfants. Peut-être même, il y aura besoin d'un intérimaire pour couvrir le déficit de médecins où je suis actuellement et je jubile déjà à l'idée du sourire crispé et faux-cul de la nana de la DRH en signant mon gros chèque et mon contrat de mission.
Bref.
Laissons tout ça de côté et entamons les festivités. Ce week-end c'est calendriers de l'Avent, sapin et décoration de la maison. Pour bien commencer, ce soir, on fait comme tous les Irlandais, on se met en famille devant le Late Late Toy Show pendant que MonsieurDragon fait la fête avec ses potes de BigCompany.
(Le Late Late Show est une émission du vendredi soir, mais une fois par an, avant Noël, ils font une émission spéciale où ils invitent des enfants de tout le pays qui viennent présenter et tester les derniers jeux et jouets en direct, chantent, dansent, font de la musique, pendant que le présentateur vedette arbore des pulls de Noël aussi ridicules que colorés. Mes collègues de 40 ans regardaient déjà ça quand ils étaient petits, c'est une véritable institution et le lancement officiel de la Christmas Season en Irlande).
Alors exceptionnellement ce soir, on mangera devant la télé et on se couchera tard, et on commentera bien fort ce qu'on voit. A l'Irlandaise quoi :)
Novembre est passé si vite cette année... Nous avons enchaîné les rendez-vous psy, le boulot, la (re)visite de Mamie... Pas eu le temps de m'attarder sur les jours raccourcis et la grosse pluie froide qui nous tombe dessus.
Côté psy, nous avons fini les évaluations de Dragon1. On attend d'être convoqués pour le rendu du verdict et le plan pour la suite. Il a très bien participé, j'ai répondu à un milliers de questions le concernant, on verra ce qu'ils nous disent.
Après plusieurs très bons jours, et un très bon week-end, lundi matin j'ai trouvé la tablette allumée dans son lit. Nous avions oublié qu'elle était dans sa chambre, et, comme il se réveille la nuit, il y a joué. Genre jusqu'à 6h. Comme je travaillais, je l'ai mis à l'école quand même, mais la maîtresse a rappelé parce qu'il s'était endormi en classe. J'ai dû me faire remplacer au pied levé et aller le chercher.
Il est donc définitivement privé de tout type d'écrans jusqu'à nouvel ordre. Après un gros mélodrame, il semble s'y adapter étonnamment bien. Il m'aide à faire les lessives, bricole, dessine, s'essaie au crochet... Il dort un peu mieux, mais se réveille quand même la nuit.
J'en ai discuté avec ma collègue spécialiste des troubles du développement, et elle recommande de le mettre sous Mélatonine. On va donc essayer. Si on peut améliorer son sommeil, ça ne peut qu'aider à mieux se contrôler en journée.
J'ai aussi rencontré la psychologue pour Dragon2. On a repris toute son histoire, et celle de notre famille, et là elle me dit "oui, effectivement, vous êtes au bon endroit, et je crois qu'on va pouvoir vous aider". Ca m'a fait tellement bizarre que j'en ai pleuré. Je crois que je ne réalisais pas à quel point je suis seule à tout porter jusqu'à ce qu'on me propose (enfin) une aide que je n'espérais plus. Bon évidemment, le premier atelier qu'elle me propose est un jour où je bosse, mais on doit de toutes façons se revoir autour de Février. Tant mieux !
Et puis, j'ai parlé de tout ça à la mienne, de psy, qui m'encourage à me centrer sur moi, et à prendre soin de moi.
Moi... J'ai des douleurs un peu partout, mes hormones font le yoyo comme si j'avais de nouveau 14 ans. J'ai eu des journées très chargées au travail, fatiguantes mais stimulantes en même temps, de celles où je me dis que je suis pas si mauvaise à ce que je fais, et que décidément, je kiffe la néonat.
J'ai beaucoup discuté avec mon chef de service. Depuis 3 mois que mon collègue a officiellement remis sa démission, l'administration a été incapable de me dire si je serais prolongée ou pas. J'ai eu beaucoup de pression pour passer à temps plein, mais j'ai refusé. Ils ont donc cherché (et trouvé) quelqu'un à plain temps pour le remplacer. Toute l'équipe souhaite me garder, et mardi on m'a annoncé qu'on allait créer un demi-poste pour moi, sur un CDD de 6 mois. Nickel ! Ca implique quand même de transférer tous mes patients aux soins du nouveau docteur, de laisser le Paediatric Assessment Unit, et de travailler davantage en consultations et en néonat. Ca me va, je peux le faire.
Jeudi, le chef de service m'annonce que malgré la décision du Pôle Femme-Enfant, la Direction a mis son veto et refuse d'entériner la création d'un demi-poste, bien que la personne recrutée ne puisse probablement pas commencer avant Février et qu'il y ait 2 départs de PH au 1er janvier... Ce sera donc 3 départs, puisqu'il est hors de question que je bosse sans contrat de travail valide. C'est con, parce que j'étais justement prévue pour assurer le service la première semaine de janvier...
C'est quand même difficile de se dire qu'ils savent ce qu'ils font et ont à coeur le bien-être de leurs équipes et la sécurité des usagers (on ne dit pas patient, en langage administratif, on dit usager).
Moi, j'ai plutôt l'impression que ce sont de gros cons. Mais bon, je suis pas objective :)
Passé le coup de bambou et la grosse amertume, j'en prends mon parti. Avec les vacances de Noël, il ne me reste donc que 10 jours et 2 gardes à travailler. Après, je me réinscrirai en boîte d'intérim, j'aurai le luxe de choisir mes missions et d'être payée trois fois plus pour le même travail. Peut-être même, je prendrai un mois ou deux pour moi et les enfants. Peut-être même, il y aura besoin d'un intérimaire pour couvrir le déficit de médecins où je suis actuellement et je jubile déjà à l'idée du sourire crispé et faux-cul de la nana de la DRH en signant mon gros chèque et mon contrat de mission.
Bref.
Laissons tout ça de côté et entamons les festivités. Ce week-end c'est calendriers de l'Avent, sapin et décoration de la maison. Pour bien commencer, ce soir, on fait comme tous les Irlandais, on se met en famille devant le Late Late Toy Show pendant que MonsieurDragon fait la fête avec ses potes de BigCompany.
(Le Late Late Show est une émission du vendredi soir, mais une fois par an, avant Noël, ils font une émission spéciale où ils invitent des enfants de tout le pays qui viennent présenter et tester les derniers jeux et jouets en direct, chantent, dansent, font de la musique, pendant que le présentateur vedette arbore des pulls de Noël aussi ridicules que colorés. Mes collègues de 40 ans regardaient déjà ça quand ils étaient petits, c'est une véritable institution et le lancement officiel de la Christmas Season en Irlande).
Alors exceptionnellement ce soir, on mangera devant la télé et on se couchera tard, et on commentera bien fort ce qu'on voit. A l'Irlandaise quoi :)
mardi 6 novembre 2018
Novembre, le mois des psy
Un truc bien, quand on a une famille qui fonctionne, c'est qu'en cas de besoin, ils sont là. Donc après la grosse crise de Dragon1, Mamie est venue passer les vacances avec nous. Et c'était bien.
J'ai pu reprendre une garde au pied levé, travailler l'esprit tranquille, et profiter de ma maman, avec qui je discute beaucoup au téléphone, mais que je câline relativement peu (et c'était bien d'avoir du temps pour nous). J'ai fait un joli plaid bien chaud et coloré au crochet, et un mini cache-cou pour qu'elle ait le même chez elle.
On a fêté Halloween, les enfants étaient contents, et maintenant l'école a repris, on l'espère plus sereinement.
Entre mes séances à moi, l'évaluation initiale de Dragon2, et la totale pour Dragon1, ce sont pas moins de 6 rendez-vous et 3 équipes différentes de psychologues que je vais rencontrer au mois de Novembre. Je fais fonctionner la moitié du système à moi toute seule avec ma famille branquignolle.
Pour moi, il s'agit juste de parler, un peu de méditation, m'offrir un espace où m'épancher pour tenter de reprendre pied.
Pour Dragon2, c'est la suite des demandes effectuées il y a 2 ans maintenant. Beaucoup de choses ont changé depuis, mais franchement j'aimerais que quelqu'un m'aide face à ses questions sur la mort, ses idées parfois déroutantes (si je suis le Père Noël et que je meure un jour, est-ce que ça veut dire qu'il n'aura plus jamais de cadeaux à Noël ?), ce refus exprimé d'être près d'une personne âgée, ses difficultés à se lier aux autres, son franc-parler parfois un peu trop franc, tous ces petits rituels qu'il a avant de se coucher, et auxquels on rajoute peu à peu, parce que la nuit est un moment qu'il redoute et qu'il faut franchir à chaque fois...
Les différents rendez-vous de Dragon1 sont en fait une coïncidence. Suite au passage qu'elle avait effectué à l'école, il a été prévu une réévaluation complète (psy, psychomot, orthophoniste). Mon coup de fil suite à sa crise n'a rien avancé, mais m'a au moins permis de récupérer les rendez-vous (qui avaient été envoyés à la mauvaise adresse, celle qu'on avait il y a deux ans et pour lequel le courrier ne suit plus depuis 6 mois...). Sans ça, j'imagine qu'on aurait été blacklistés, ou remis en liste d'attente. Donc en un sens, c'est plutôt pas mal qu'il ait craqué.
Je subodore qu'au terme de tout ce bilan, on va me dire "mais il n'est pas handicapé en fait votre fils, il n'a rien à faire au SESSAD" et qu'on va encore nous changer d'équipe, mais bon. La psychologue a l'air nettement plus investie que la première qu'on a rencontrée, peut-être qu'elle pourra malgré tout nous aider un peu.
Lui, ça va. Franchement, il a été nickel pendant toutes les vacances, il a conscience d'avoir franchement passé les bornes et il s'applique à bien se conduire. On verra combien de temps ça peut durer, et si ça tient une fois que l'école recommence (cette semaine) et que l'afterschool reprend (la semaine prochaine).
On a changé radicalement notre politique de temps d'écran, il n'en a plus aucun par défaut, et c'est à lui de "gagner des minutes" en faisant des efforts pour se contrôler. L'avantage que j'y vois, c'est que quand ça commence à être compliqué, on réduit les écrans et du coup on passe plus de temps à interagir directement avec lui, à faire des choses ensemble, et à l'inverse quand ça va, on lui laisse l'opportunité de faire ce qu'il aime. C'est aussi un sacré facteur de motivation, et il dit que ça l'aide. Et enfin c'est modulable, ça permet de reconnaître un effort même s'il n'a pas porté ses fruits. On discute ensemble du nombre de minutes et de comment il veut les répartir sur la journée. So far, ça a l'air de plutôt bien fonctionner, on verra ce que ça donne sur la durée.
Mamie revient dans 8 jours de toutes façons, puisque ce sera mon gros week-end de garde. Deux fois le même mois, on va y prendre goût !
En même temps, il faut bien ça, les nouvelles du monde ne sont pas encourageantes, les jours rapetissent à vue d'oeil, il fait gris, humide et froid et les arbres perdent leurs belles couleurs. C'est le début du tunnel jusqu'à Décembre et les préparatifs de Noël (qui risquent d'être moins festifs et réjouissants cette année). Mais chaque chose en son temps.
J'ai pu reprendre une garde au pied levé, travailler l'esprit tranquille, et profiter de ma maman, avec qui je discute beaucoup au téléphone, mais que je câline relativement peu (et c'était bien d'avoir du temps pour nous). J'ai fait un joli plaid bien chaud et coloré au crochet, et un mini cache-cou pour qu'elle ait le même chez elle.
On a fêté Halloween, les enfants étaient contents, et maintenant l'école a repris, on l'espère plus sereinement.
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| En brune, avec Aglaé, mon araignée de compagnie ;) |
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| Mamie sous son plaid |
Entre mes séances à moi, l'évaluation initiale de Dragon2, et la totale pour Dragon1, ce sont pas moins de 6 rendez-vous et 3 équipes différentes de psychologues que je vais rencontrer au mois de Novembre. Je fais fonctionner la moitié du système à moi toute seule avec ma famille branquignolle.
Pour moi, il s'agit juste de parler, un peu de méditation, m'offrir un espace où m'épancher pour tenter de reprendre pied.
Pour Dragon2, c'est la suite des demandes effectuées il y a 2 ans maintenant. Beaucoup de choses ont changé depuis, mais franchement j'aimerais que quelqu'un m'aide face à ses questions sur la mort, ses idées parfois déroutantes (si je suis le Père Noël et que je meure un jour, est-ce que ça veut dire qu'il n'aura plus jamais de cadeaux à Noël ?), ce refus exprimé d'être près d'une personne âgée, ses difficultés à se lier aux autres, son franc-parler parfois un peu trop franc, tous ces petits rituels qu'il a avant de se coucher, et auxquels on rajoute peu à peu, parce que la nuit est un moment qu'il redoute et qu'il faut franchir à chaque fois...
Les différents rendez-vous de Dragon1 sont en fait une coïncidence. Suite au passage qu'elle avait effectué à l'école, il a été prévu une réévaluation complète (psy, psychomot, orthophoniste). Mon coup de fil suite à sa crise n'a rien avancé, mais m'a au moins permis de récupérer les rendez-vous (qui avaient été envoyés à la mauvaise adresse, celle qu'on avait il y a deux ans et pour lequel le courrier ne suit plus depuis 6 mois...). Sans ça, j'imagine qu'on aurait été blacklistés, ou remis en liste d'attente. Donc en un sens, c'est plutôt pas mal qu'il ait craqué.
Je subodore qu'au terme de tout ce bilan, on va me dire "mais il n'est pas handicapé en fait votre fils, il n'a rien à faire au SESSAD" et qu'on va encore nous changer d'équipe, mais bon. La psychologue a l'air nettement plus investie que la première qu'on a rencontrée, peut-être qu'elle pourra malgré tout nous aider un peu.
Lui, ça va. Franchement, il a été nickel pendant toutes les vacances, il a conscience d'avoir franchement passé les bornes et il s'applique à bien se conduire. On verra combien de temps ça peut durer, et si ça tient une fois que l'école recommence (cette semaine) et que l'afterschool reprend (la semaine prochaine).
On a changé radicalement notre politique de temps d'écran, il n'en a plus aucun par défaut, et c'est à lui de "gagner des minutes" en faisant des efforts pour se contrôler. L'avantage que j'y vois, c'est que quand ça commence à être compliqué, on réduit les écrans et du coup on passe plus de temps à interagir directement avec lui, à faire des choses ensemble, et à l'inverse quand ça va, on lui laisse l'opportunité de faire ce qu'il aime. C'est aussi un sacré facteur de motivation, et il dit que ça l'aide. Et enfin c'est modulable, ça permet de reconnaître un effort même s'il n'a pas porté ses fruits. On discute ensemble du nombre de minutes et de comment il veut les répartir sur la journée. So far, ça a l'air de plutôt bien fonctionner, on verra ce que ça donne sur la durée.
Mamie revient dans 8 jours de toutes façons, puisque ce sera mon gros week-end de garde. Deux fois le même mois, on va y prendre goût !
En même temps, il faut bien ça, les nouvelles du monde ne sont pas encourageantes, les jours rapetissent à vue d'oeil, il fait gris, humide et froid et les arbres perdent leurs belles couleurs. C'est le début du tunnel jusqu'à Décembre et les préparatifs de Noël (qui risquent d'être moins festifs et réjouissants cette année). Mais chaque chose en son temps.
vendredi 26 octobre 2018
Relaps
Voilà un mot qui m'intriguait beaucoup, quand on me parlait de Jeanne d'Arc, petite : hérétique et relapse. Ce qu'on traduirait de nos jours par récidiviste peut-être, ça veut dire retomber dans les travers qu'on pensait derrière nous.
Donc oui, la semaine dernière, Dragon1 nous a fait un gros gros relaps. Pour brosser le tableau, c'était une semaine de travail pour moi, en charge de la néonat, le jour où j'ai du intuber deux bébés, en transférer un, en exsuffler et poser un drain thoracique en urgence chez un autre : ce genre de semaine.
Peu de temps avant la fin de l'école, Dragon1 a commencé à s'énerver sur des soustractions qu'il ne pouvait/voulait pas faire. Au moment de quitter la classe et d'aller à l'after school, il a refusé de bouger, en criant, fermant les yeux, tapant du pied. Il a fallu pas moins de 3 maîtresses pour le bouger/traîner sur les 200 m qui séparent l'école de l'afterschool, et il a essayé de fuguer à plusieurs reprises.
Evidemment, je n'ai pas pu répondre au téléphone. Il a mis près de 2 heures à se calmer, il a perturbé tous les enfants. Nous avons été convoqués par l'école et par l'after school.
C'est vraiment très déroutant, en tant que parent, d'être pris à parti pour des faits dont on n'a jamais été témoins. Non, il ne fait pas ce genre de crises à la maison, non, je ne sais pas ce qui a fait que ce jour-là c'est monté à ce point, non, je n'ai pas de baguette magique pour vous promettre que ça ne recommencera jamais, non, je n'ai pas de recette à donner sur comment éviter ses crises.
L'école a dégagé 1 heure supplémentaire avec une enseignante spécialisée pour "le travail des émotions". L'afterschool l'accepte en sursis. A la prochaine crise, ils appellent les flics pour le calmer, et il est renvoyé.
Voilà. Maintenant j'ai plus qu'à me débrouiller pour que ça ne recommence pas, hein.
Très honnêtement, tout le monde est très gentil et bien embêté, et je comprends leur point de vue par rapport à sa sécurité et à celle des autres enfants (le laïus sur : ça nous fout la honte, on va avoir une mauvaise image, celui-là, en revanche, il était dispensable). Mais la réalité ça reste qu'on me demande de contrôler un truc qui justement est par définition, un moment de totale perte de contrôle. Je suis très déçue des psy, ils ne sont d'aucune aide. Je veux dire, je veux bien re-remplir tous les questionnaires du monde, et changer les étiquettes qu'on colle à mon fils, mais ce que je voudrais surtout c'est qu'on m'aide à l'aider et jusqu'à présent, je me sens très très seule.
Cette histoire va se finir par plein d'argent qu'on va aller dépenser dans le privé pour pouvoir avoir l'aide à laquelle il est sensé accéder depuis 2016, bordel !
Bref. La morale de l'histoire c'est je crois que rien n'est jamais acquis.
Avec tout ça, ça tombait plutôt bien que j'aie rendez-vous pour moi cette semaine aussi. Une dame gentille, qui a beaucoup secoué la tête, et m'a tendu des mouchoirs. 100 € pour pleurer une heure et m'entendre dire que c'est parfaitement normal que je craque vu tout ce que je porte, et que c'est con que j'aie pas plus d'amis quand même, et que je peux revenir pleurer avec elle dans 15 jours, vu que je peux pas pleurer ailleurs.
Enfin.
Y a quand même du positif dans tout ça. Dragon2 par exemple est vraiment nickel en ce moment et a même reçu un certificat de bonne conduite de l'école. Depuis le week-end dernier, Dragon1 est angélique, il cherche à se racheter. Nous avons supprimé tous les écrans, et il gagne des heures d'ordi/tablette en fonction de son comportement. C'est plus lourd pour moi, parce que je dois gérer son ennui, du coup, mais on en profite pour cuisiner ou plier le linge ensemble par exemple. Quoiqu'il m'arrive dans la vie, il saura faire cuire des boulettes de viande et plier des soutifs, c'est toujours ça de pris.
Mamie vient nous rendre une visite impromptue la semaine prochaine, du coup. J'ai trop râlé au téléphone. Mais c'est cool. On évite le centre aéré, et on pourra faire Halloween sans penser trop aux cimetières et à ceux qui y sont.
Et puis, MonsieurDragon a eu ses évaluations, et c'est très positif ! Punaise, ça fait du bien, je suis tellement heureuse que son travail soit reconnu à sa hauteur ! Avec un peu de chance, l'augmentation couvrira la hausse du loyer.
C'est jour de vote aujourd'hui, les maisons sont décorées, tous les enfants étaient déguisés à l'école ce matin, c'est le dernier jour avant les vacances. Les jours raccourcissent, on expose nos peurs et nos démons devant nos maisons, on leur offre des bonbons pour qu'ils ne reviennent pas nous hanter...
Donc oui, la semaine dernière, Dragon1 nous a fait un gros gros relaps. Pour brosser le tableau, c'était une semaine de travail pour moi, en charge de la néonat, le jour où j'ai du intuber deux bébés, en transférer un, en exsuffler et poser un drain thoracique en urgence chez un autre : ce genre de semaine.
Peu de temps avant la fin de l'école, Dragon1 a commencé à s'énerver sur des soustractions qu'il ne pouvait/voulait pas faire. Au moment de quitter la classe et d'aller à l'after school, il a refusé de bouger, en criant, fermant les yeux, tapant du pied. Il a fallu pas moins de 3 maîtresses pour le bouger/traîner sur les 200 m qui séparent l'école de l'afterschool, et il a essayé de fuguer à plusieurs reprises.
Evidemment, je n'ai pas pu répondre au téléphone. Il a mis près de 2 heures à se calmer, il a perturbé tous les enfants. Nous avons été convoqués par l'école et par l'after school.
C'est vraiment très déroutant, en tant que parent, d'être pris à parti pour des faits dont on n'a jamais été témoins. Non, il ne fait pas ce genre de crises à la maison, non, je ne sais pas ce qui a fait que ce jour-là c'est monté à ce point, non, je n'ai pas de baguette magique pour vous promettre que ça ne recommencera jamais, non, je n'ai pas de recette à donner sur comment éviter ses crises.
L'école a dégagé 1 heure supplémentaire avec une enseignante spécialisée pour "le travail des émotions". L'afterschool l'accepte en sursis. A la prochaine crise, ils appellent les flics pour le calmer, et il est renvoyé.
Voilà. Maintenant j'ai plus qu'à me débrouiller pour que ça ne recommence pas, hein.
Très honnêtement, tout le monde est très gentil et bien embêté, et je comprends leur point de vue par rapport à sa sécurité et à celle des autres enfants (le laïus sur : ça nous fout la honte, on va avoir une mauvaise image, celui-là, en revanche, il était dispensable). Mais la réalité ça reste qu'on me demande de contrôler un truc qui justement est par définition, un moment de totale perte de contrôle. Je suis très déçue des psy, ils ne sont d'aucune aide. Je veux dire, je veux bien re-remplir tous les questionnaires du monde, et changer les étiquettes qu'on colle à mon fils, mais ce que je voudrais surtout c'est qu'on m'aide à l'aider et jusqu'à présent, je me sens très très seule.
Cette histoire va se finir par plein d'argent qu'on va aller dépenser dans le privé pour pouvoir avoir l'aide à laquelle il est sensé accéder depuis 2016, bordel !
Bref. La morale de l'histoire c'est je crois que rien n'est jamais acquis.
Avec tout ça, ça tombait plutôt bien que j'aie rendez-vous pour moi cette semaine aussi. Une dame gentille, qui a beaucoup secoué la tête, et m'a tendu des mouchoirs. 100 € pour pleurer une heure et m'entendre dire que c'est parfaitement normal que je craque vu tout ce que je porte, et que c'est con que j'aie pas plus d'amis quand même, et que je peux revenir pleurer avec elle dans 15 jours, vu que je peux pas pleurer ailleurs.
Enfin.
Y a quand même du positif dans tout ça. Dragon2 par exemple est vraiment nickel en ce moment et a même reçu un certificat de bonne conduite de l'école. Depuis le week-end dernier, Dragon1 est angélique, il cherche à se racheter. Nous avons supprimé tous les écrans, et il gagne des heures d'ordi/tablette en fonction de son comportement. C'est plus lourd pour moi, parce que je dois gérer son ennui, du coup, mais on en profite pour cuisiner ou plier le linge ensemble par exemple. Quoiqu'il m'arrive dans la vie, il saura faire cuire des boulettes de viande et plier des soutifs, c'est toujours ça de pris.
Mamie vient nous rendre une visite impromptue la semaine prochaine, du coup. J'ai trop râlé au téléphone. Mais c'est cool. On évite le centre aéré, et on pourra faire Halloween sans penser trop aux cimetières et à ceux qui y sont.
Et puis, MonsieurDragon a eu ses évaluations, et c'est très positif ! Punaise, ça fait du bien, je suis tellement heureuse que son travail soit reconnu à sa hauteur ! Avec un peu de chance, l'augmentation couvrira la hausse du loyer.
C'est jour de vote aujourd'hui, les maisons sont décorées, tous les enfants étaient déguisés à l'école ce matin, c'est le dernier jour avant les vacances. Les jours raccourcissent, on expose nos peurs et nos démons devant nos maisons, on leur offre des bonbons pour qu'ils ne reviennent pas nous hanter...
dimanche 7 octobre 2018
Un peu (beaucoup) de politique
Une fois n'est pas coutume, comme il y a des choses à dire, c'est parti pour un petit cours d'éducation civique irlandaise avec plein de mots en Irish dedans et mes premiers essais d'écriture inclusive...
Le 26 Octobre prochain, les citoyen.ne.s irlandais.es de plus de 18 ans iront aux urnes pour choisir leur prochain.e Président.e, Uachtaràn na hEireann (les accents ne sont pas tout à fait corrects, la faute à mon clavier français :)
Le/la Président.e fait partie de l'éxécutif, ici dénommé Oiréachtas, avec le parlement (Dàil) et le sénat (Seanad). Il/elle est élu.e pour 7 ans, renouvelable une fois. Pour se présenter, il faut être irlandais, avoir plus de 35 ans, être Président.e sortant.e, ou avoir le parrainage d'au moins 4 comtés ou 20 parlementaires/sénateurs.
A quoi sert le/la Président.e ? Officiellement, c'est le Chef de l'Etat et Chef des armées. En pratique, il fait ce que le Gouvernement lui demande de faire et inaugure des trucs. Un peu comme une Reine d'Angleterre, mais en Président, parce qu'on est irlandais, quand même, faudrait pas déconner. Il/elle habite dans une grande maison de 192 chambres au milieu des daims à Phoenix Park, touche un salaire d'environ 250.000 € / an avec autant de primes diverses et n'a pas le droit de quitter le pays sans l'accord du gouvernement.
Le Président actuel est Michael D Higgins, il a été élu en 2011 et se propose pour un second mandat. Il est très populaire, proche de la population avec des idées très sociales et humanistes, et il a une bonne tête de Leprechaun (franchement, il ne lui manque que le petit costume vert...). Les écoliers d'ici marquent dans leurs copies que le Président s'appelle Miggeldy, et ça lui va très bien :)
Se présentent également 5 autres candidats
- Peter Casey
- Gavin Duffy
- Sean Gallagher
- Joan Freeman
- Liadh ni Riada
A noter que les 3 hommes sont tous des candidats malheureux de la dernière élection (deux businessmen qui sont passés dans une émission de télé réalité où le but est de trouver des financements pour son projet et un politicien), une des femmes est Sénatrice et dirige une organisation caritative pour la prévention du suicide, l'autre a été investie par le Sinn Féin (seul parti à avoir plus de 20 représentants dans les deux chambres).
Les sondages donnent Miggeldy largement réélu autour de 70% des voix.
Et tant qu'à être aux urnes, on demandera aussi aux irlandais de se prononcer sur un changement à apporter dans la Constitution (oui, chaque changement dans la Constitution doit être approuvé par référendum, comme pour l'abolition de l'avortement par exemple). Actuellement, il est noté dans la Constitution que blasphémer en public est passable de sanctions. En pratique, il n'y a jamais eu de poursuites, mais pour pouvoir virer cette ligne de la Constitution il faut un vote populaire qui devrait passer largement.
L'année prochaine, aura lieu un autre référendum pour effacer la ligne qui dit que la place naturelle de la femme est au foyer et que l'Etat doit tout faire pour aider à l'y maintenir. (Eurgh, un cauchemar de féministe, et là ausi très loin de la réalité, mais qui s'explique quand la grande pauvreté à l'époque où la Constitution a été écrite obligeait les femmes et souvent les enfants à travailler pour subvenir aux besoins de tous.)
C'est peut-être pas évident à voir de l'extérieur, mais la société irlandaise est en pleine mutation, elle se défait de son manteau de "catholiques opprimés enfin au pouvoir" et les irlandais actuels sont de moins en moins portés sur la religion. Les nombreux scandales d'abus de pouvoir ou d'abus pédophiles liés à l'Eglise Catholique y sont pour beaucoup, ainsi qu'une tendance plus "moderne" où les vues de l'Eglise ne correspondent plus à la société. (D'où le vote massif en faveur du mariage homosexuel ou de l'avortement). La visite du Pape cet été a d'ailleurs été un flop monumental, pas seulement à cause de l'organisation pourrie ou de la météo, mais juste parce que les irlandais n'entendent plus se faire dicter leur vie par des prêtres.
Une nouvelle sans doute passée inaperçue à l'étranger mais qui va révolutionner les choses ici est l'adoption jeudi dernier par le Dail d'une loi interdisant aux écoles primaires catholiques (> 90 % des écoles) de donner préférence aux recrutements sur la base de la religion. En gros, ça veut dire que le certificat de baptême ne peut plus être demandé comme pré-requis pour rentrer à l'école primaire. Les écoles sont encore libres de leurs autres critères de recrutement, et d'intégrer le catéchisme dans leur programme, mais ne peuvent pas reléguer sur liste d'attente un enfant uniquement parce qu'il n'est pas baptisé.
C'est une petite révolution, et comme une grande majorité d'irlandais ne font plus baptiser leurs enfants que pour être sûrs qu'ils aient une place à l'école du coin, on devrait assister à une chute du nombre de baptêmes, et peut-être une augmentation du nombre de personnes s'affirmant "sans religion". Les autres écoles religieuses minoritaires ne sont pas affectées, ni bien sûr les écoles telles que la nôtre qui sont multiconfessionnelles et ne réclamaient déjà pas de certificat. Notons que ça ne concerne pas le secondaire pour l'instant.
Autre révolution, longue à venir celle-là, l'Anti-Alcohol Bill, telle qu'elle est nommée ici, la loi anti-alcool vient de passer après plus de 3 ans de délibéré !! C'est une sorte de loi Evin de l'alcool, qui restreint la pub, durcit les punitions pour l'alcool au volant, interdit aux clubs sportifs d'être sponsorisés par le pub local, et la vente d'alcool sans licence. C'est également une partie de l'identité irlandaise que l'on remet en cause ici et les représentants des comtés ruraux ont été les plus actifs à tout faire pour retarder son passage, tant il semble impossible que le club de foot local ne puisse pas vendre de la bière lors du match des poussins du samedi pour se faire des sous. A côté de ça, l'interdiction aux pubs d'ouvrir le Lundi de Pâques a été levée seulement l'année dernière, et il est toujours impossible de payer sa canette au supermarché avant 10h30 (ou 11h le dimanche...) Les irlandais ont vraiment une relation à l'alcool compliquée.
Concernant notre école enfin, on vient d'apprendre en lisant le journal que Teagasc (l'organisme de recherche agricole qui sous-loue ses locaux à l'école) vient d'obtenir une autoriation de mise en vente pour ses terrains situés à Kinsealy, dont une partie au moins devrait devenir zone résidentielle. Concrètement, ça veut dire deux possibilités pour nous :
1 - le Ministère de l'Education rachète le terrain, en vend une partie pour y construire des maisons, et garde l'école à son emplacement actuel, notre emplacement provisoire devant alors notre lieu définitif.
2 - un investisseur quelconque rachète le terrain, donne à l'école son avis d'expulsion, et d'ici quelques mois les profs et les élèves se retrouvent à la rue comme nous l'an dernier... Tous les travaux effectués pour mettre les classes aux normes seront du fric jeté en l'air, et ceux en cours pour réaliser une zone de "dépose minute" à l'arrière de l'école ont de forts risques de s'arrêter du jour au lendemain... Il faudra retrouver en catastrophe un local temporaire pour 200 enfants et une vingtaine d'adultes, à moins bien sûr que le Board of Management nous sorte un emplacement définitif de son chapeau magique d'ici là...
Bref, l'assemblée générale des parents d'élèves de la semaine prochaine promet d'être animée...
Le 26 Octobre prochain, les citoyen.ne.s irlandais.es de plus de 18 ans iront aux urnes pour choisir leur prochain.e Président.e, Uachtaràn na hEireann (les accents ne sont pas tout à fait corrects, la faute à mon clavier français :)
Le/la Président.e fait partie de l'éxécutif, ici dénommé Oiréachtas, avec le parlement (Dàil) et le sénat (Seanad). Il/elle est élu.e pour 7 ans, renouvelable une fois. Pour se présenter, il faut être irlandais, avoir plus de 35 ans, être Président.e sortant.e, ou avoir le parrainage d'au moins 4 comtés ou 20 parlementaires/sénateurs.
A quoi sert le/la Président.e ? Officiellement, c'est le Chef de l'Etat et Chef des armées. En pratique, il fait ce que le Gouvernement lui demande de faire et inaugure des trucs. Un peu comme une Reine d'Angleterre, mais en Président, parce qu'on est irlandais, quand même, faudrait pas déconner. Il/elle habite dans une grande maison de 192 chambres au milieu des daims à Phoenix Park, touche un salaire d'environ 250.000 € / an avec autant de primes diverses et n'a pas le droit de quitter le pays sans l'accord du gouvernement.
Le Président actuel est Michael D Higgins, il a été élu en 2011 et se propose pour un second mandat. Il est très populaire, proche de la population avec des idées très sociales et humanistes, et il a une bonne tête de Leprechaun (franchement, il ne lui manque que le petit costume vert...). Les écoliers d'ici marquent dans leurs copies que le Président s'appelle Miggeldy, et ça lui va très bien :)
Se présentent également 5 autres candidats
- Peter Casey
- Gavin Duffy
- Sean Gallagher
- Joan Freeman
- Liadh ni Riada
A noter que les 3 hommes sont tous des candidats malheureux de la dernière élection (deux businessmen qui sont passés dans une émission de télé réalité où le but est de trouver des financements pour son projet et un politicien), une des femmes est Sénatrice et dirige une organisation caritative pour la prévention du suicide, l'autre a été investie par le Sinn Féin (seul parti à avoir plus de 20 représentants dans les deux chambres).
Les sondages donnent Miggeldy largement réélu autour de 70% des voix.
Et tant qu'à être aux urnes, on demandera aussi aux irlandais de se prononcer sur un changement à apporter dans la Constitution (oui, chaque changement dans la Constitution doit être approuvé par référendum, comme pour l'abolition de l'avortement par exemple). Actuellement, il est noté dans la Constitution que blasphémer en public est passable de sanctions. En pratique, il n'y a jamais eu de poursuites, mais pour pouvoir virer cette ligne de la Constitution il faut un vote populaire qui devrait passer largement.
L'année prochaine, aura lieu un autre référendum pour effacer la ligne qui dit que la place naturelle de la femme est au foyer et que l'Etat doit tout faire pour aider à l'y maintenir. (Eurgh, un cauchemar de féministe, et là ausi très loin de la réalité, mais qui s'explique quand la grande pauvreté à l'époque où la Constitution a été écrite obligeait les femmes et souvent les enfants à travailler pour subvenir aux besoins de tous.)
C'est peut-être pas évident à voir de l'extérieur, mais la société irlandaise est en pleine mutation, elle se défait de son manteau de "catholiques opprimés enfin au pouvoir" et les irlandais actuels sont de moins en moins portés sur la religion. Les nombreux scandales d'abus de pouvoir ou d'abus pédophiles liés à l'Eglise Catholique y sont pour beaucoup, ainsi qu'une tendance plus "moderne" où les vues de l'Eglise ne correspondent plus à la société. (D'où le vote massif en faveur du mariage homosexuel ou de l'avortement). La visite du Pape cet été a d'ailleurs été un flop monumental, pas seulement à cause de l'organisation pourrie ou de la météo, mais juste parce que les irlandais n'entendent plus se faire dicter leur vie par des prêtres.
Une nouvelle sans doute passée inaperçue à l'étranger mais qui va révolutionner les choses ici est l'adoption jeudi dernier par le Dail d'une loi interdisant aux écoles primaires catholiques (> 90 % des écoles) de donner préférence aux recrutements sur la base de la religion. En gros, ça veut dire que le certificat de baptême ne peut plus être demandé comme pré-requis pour rentrer à l'école primaire. Les écoles sont encore libres de leurs autres critères de recrutement, et d'intégrer le catéchisme dans leur programme, mais ne peuvent pas reléguer sur liste d'attente un enfant uniquement parce qu'il n'est pas baptisé.
C'est une petite révolution, et comme une grande majorité d'irlandais ne font plus baptiser leurs enfants que pour être sûrs qu'ils aient une place à l'école du coin, on devrait assister à une chute du nombre de baptêmes, et peut-être une augmentation du nombre de personnes s'affirmant "sans religion". Les autres écoles religieuses minoritaires ne sont pas affectées, ni bien sûr les écoles telles que la nôtre qui sont multiconfessionnelles et ne réclamaient déjà pas de certificat. Notons que ça ne concerne pas le secondaire pour l'instant.
Autre révolution, longue à venir celle-là, l'Anti-Alcohol Bill, telle qu'elle est nommée ici, la loi anti-alcool vient de passer après plus de 3 ans de délibéré !! C'est une sorte de loi Evin de l'alcool, qui restreint la pub, durcit les punitions pour l'alcool au volant, interdit aux clubs sportifs d'être sponsorisés par le pub local, et la vente d'alcool sans licence. C'est également une partie de l'identité irlandaise que l'on remet en cause ici et les représentants des comtés ruraux ont été les plus actifs à tout faire pour retarder son passage, tant il semble impossible que le club de foot local ne puisse pas vendre de la bière lors du match des poussins du samedi pour se faire des sous. A côté de ça, l'interdiction aux pubs d'ouvrir le Lundi de Pâques a été levée seulement l'année dernière, et il est toujours impossible de payer sa canette au supermarché avant 10h30 (ou 11h le dimanche...) Les irlandais ont vraiment une relation à l'alcool compliquée.
Concernant notre école enfin, on vient d'apprendre en lisant le journal que Teagasc (l'organisme de recherche agricole qui sous-loue ses locaux à l'école) vient d'obtenir une autoriation de mise en vente pour ses terrains situés à Kinsealy, dont une partie au moins devrait devenir zone résidentielle. Concrètement, ça veut dire deux possibilités pour nous :
1 - le Ministère de l'Education rachète le terrain, en vend une partie pour y construire des maisons, et garde l'école à son emplacement actuel, notre emplacement provisoire devant alors notre lieu définitif.
2 - un investisseur quelconque rachète le terrain, donne à l'école son avis d'expulsion, et d'ici quelques mois les profs et les élèves se retrouvent à la rue comme nous l'an dernier... Tous les travaux effectués pour mettre les classes aux normes seront du fric jeté en l'air, et ceux en cours pour réaliser une zone de "dépose minute" à l'arrière de l'école ont de forts risques de s'arrêter du jour au lendemain... Il faudra retrouver en catastrophe un local temporaire pour 200 enfants et une vingtaine d'adultes, à moins bien sûr que le Board of Management nous sorte un emplacement définitif de son chapeau magique d'ici là...
Bref, l'assemblée générale des parents d'élèves de la semaine prochaine promet d'être animée...
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