vendredi 30 novembre 2018

Montagnes russes

Life is a rollercoaster...

Novembre est passé si vite cette année... Nous avons enchaîné les rendez-vous psy, le boulot, la (re)visite de Mamie... Pas eu le temps de m'attarder sur les jours raccourcis et la grosse pluie froide qui nous tombe dessus.

Côté psy, nous avons fini les évaluations de Dragon1. On attend d'être convoqués pour le rendu du verdict et le plan pour la suite. Il a très bien participé, j'ai répondu à un milliers de questions le concernant, on verra ce qu'ils nous disent.

Après plusieurs très bons jours, et un très bon week-end, lundi matin j'ai trouvé la tablette allumée dans son lit. Nous avions oublié qu'elle était dans sa chambre, et, comme il se réveille la nuit, il y a joué. Genre jusqu'à 6h. Comme je travaillais, je l'ai mis à l'école quand même, mais la maîtresse a rappelé parce qu'il s'était endormi en classe. J'ai dû me faire remplacer au pied levé et aller le chercher.
Il est donc définitivement privé de tout type d'écrans jusqu'à nouvel ordre. Après un gros mélodrame, il semble s'y adapter étonnamment bien. Il m'aide à faire les lessives, bricole, dessine, s'essaie au crochet... Il dort un peu mieux, mais se réveille quand même la nuit.
J'en ai discuté avec ma collègue spécialiste des troubles du développement, et elle recommande de le mettre sous Mélatonine. On va donc essayer. Si on peut améliorer son sommeil, ça ne peut qu'aider à mieux se contrôler en journée.

J'ai aussi rencontré la psychologue pour Dragon2. On a repris toute son histoire, et celle de notre famille, et là elle me dit "oui, effectivement, vous êtes au bon endroit, et je crois qu'on va pouvoir vous aider". Ca m'a fait tellement bizarre que j'en ai pleuré. Je crois que je ne réalisais pas à quel point je suis seule à tout porter jusqu'à ce qu'on me propose (enfin) une aide que je n'espérais plus. Bon évidemment, le premier atelier qu'elle me propose est un jour où je bosse, mais on doit de toutes façons se revoir autour de Février. Tant mieux !

Et puis, j'ai parlé de tout ça à la mienne, de psy, qui m'encourage à me centrer sur moi, et à prendre soin de moi.

Moi... J'ai des douleurs un peu partout, mes hormones font le yoyo comme si j'avais de nouveau 14 ans. J'ai eu des journées très chargées au travail, fatiguantes mais stimulantes en même temps, de celles où je me dis que je suis pas si mauvaise à ce que je fais, et que décidément, je kiffe la néonat.
J'ai beaucoup discuté avec mon chef de service. Depuis 3 mois que mon collègue a officiellement remis sa démission, l'administration a été incapable de me dire si je serais prolongée ou pas. J'ai eu beaucoup de pression pour passer à temps plein, mais j'ai refusé. Ils ont donc cherché (et trouvé) quelqu'un à plain temps pour le remplacer. Toute l'équipe souhaite me garder, et mardi on m'a annoncé qu'on allait créer un demi-poste pour moi, sur un CDD de 6 mois. Nickel ! Ca implique quand même de transférer tous mes patients aux soins du nouveau docteur, de laisser le Paediatric Assessment Unit, et de travailler davantage en consultations et en néonat. Ca me va, je peux le faire.

Jeudi, le chef de service m'annonce que malgré la décision du Pôle Femme-Enfant, la Direction a mis son veto et refuse d'entériner la création d'un demi-poste, bien que la personne recrutée ne puisse probablement pas commencer avant Février et qu'il y ait 2 départs de PH au 1er janvier... Ce sera donc 3 départs, puisqu'il est hors de question que je bosse sans contrat de travail valide. C'est con, parce que j'étais justement prévue pour assurer le service la première semaine de janvier...
C'est quand même difficile de se dire qu'ils savent ce qu'ils font et ont à coeur le bien-être de leurs équipes et la sécurité des usagers (on ne dit pas patient, en langage administratif, on dit usager).
Moi, j'ai plutôt l'impression que ce sont de gros cons. Mais bon, je suis pas objective :)

Passé le coup de bambou et la grosse amertume, j'en prends mon parti. Avec les vacances de Noël, il ne me reste donc que 10 jours et 2 gardes à travailler. Après, je me réinscrirai en boîte d'intérim, j'aurai le luxe de choisir mes missions et d'être payée trois fois plus pour le même travail. Peut-être même, je prendrai un mois ou deux pour moi et les enfants. Peut-être même, il y aura besoin d'un intérimaire pour couvrir le déficit de médecins où je suis actuellement et je jubile déjà à l'idée du sourire crispé et faux-cul de la nana de la DRH en signant mon gros chèque et mon contrat de mission.

Bref.

Laissons tout ça de côté et entamons les festivités. Ce week-end c'est calendriers de l'Avent, sapin et décoration de la maison. Pour bien commencer, ce soir, on fait comme tous les Irlandais, on se met en famille devant le Late Late Toy Show pendant que MonsieurDragon fait la fête avec ses potes de BigCompany.
(Le Late Late Show est une émission du vendredi soir, mais une fois par an, avant Noël, ils font une émission spéciale où ils invitent des enfants de tout le pays qui viennent présenter et tester les derniers jeux et jouets en direct, chantent, dansent, font de la musique, pendant que le présentateur vedette arbore des pulls de Noël aussi ridicules que colorés. Mes collègues de 40 ans regardaient déjà ça quand ils étaient petits, c'est une véritable institution et le lancement officiel de la Christmas Season en Irlande).


Alors exceptionnellement ce soir, on mangera devant la télé et on se couchera tard, et on commentera bien fort ce qu'on voit. A l'Irlandaise quoi :)



mardi 6 novembre 2018

Novembre, le mois des psy

Un truc bien, quand on a une famille qui fonctionne, c'est qu'en cas de besoin, ils sont là. Donc après la grosse crise de Dragon1, Mamie est venue passer les vacances avec nous. Et c'était bien.
J'ai pu reprendre une garde au pied levé, travailler l'esprit tranquille, et profiter de ma maman, avec qui je discute beaucoup au téléphone, mais que je câline relativement peu (et c'était bien d'avoir du temps pour nous). J'ai fait un joli plaid bien chaud et coloré au crochet, et un mini cache-cou pour qu'elle ait le même chez elle.

On a fêté Halloween, les enfants étaient contents, et maintenant l'école a repris, on l'espère plus sereinement.

En brune, avec Aglaé, mon araignée de compagnie ;)


Mamie sous son plaid


Entre mes séances à moi, l'évaluation initiale de Dragon2, et la totale pour Dragon1, ce sont pas moins de 6 rendez-vous et 3 équipes différentes de psychologues que je vais rencontrer au mois de Novembre. Je fais fonctionner la moitié du système à moi toute seule avec ma famille branquignolle.

Pour moi, il s'agit juste de parler, un peu de méditation, m'offrir un espace où m'épancher pour tenter de reprendre pied.

Pour Dragon2, c'est la suite des demandes effectuées il y a 2 ans maintenant. Beaucoup de choses ont changé depuis, mais franchement j'aimerais que quelqu'un m'aide face à ses questions sur la mort, ses idées parfois déroutantes (si je suis le Père Noël et que je meure un jour, est-ce que ça veut dire qu'il n'aura plus jamais de cadeaux à Noël ?), ce refus exprimé d'être près d'une personne âgée, ses difficultés à se lier aux autres, son franc-parler parfois un peu trop franc, tous ces petits rituels qu'il a avant de se coucher, et auxquels on rajoute peu à peu, parce que la nuit est un moment qu'il redoute et qu'il faut franchir à chaque fois...

Les différents rendez-vous de Dragon1 sont en fait une coïncidence. Suite au passage qu'elle avait effectué à l'école, il a été prévu une réévaluation complète (psy, psychomot, orthophoniste). Mon coup de fil suite à sa crise n'a rien avancé, mais m'a au moins permis de récupérer les rendez-vous (qui avaient été envoyés à la mauvaise adresse, celle qu'on avait il y a deux ans et pour lequel le courrier ne suit plus depuis 6 mois...). Sans ça, j'imagine qu'on aurait été blacklistés, ou remis en liste d'attente. Donc en un sens, c'est plutôt pas mal qu'il ait craqué.
Je subodore qu'au terme de tout ce bilan, on va me dire "mais il n'est pas handicapé en fait votre fils, il n'a rien à faire au SESSAD" et qu'on va encore nous changer d'équipe, mais bon. La psychologue a l'air nettement plus investie que la première qu'on a rencontrée, peut-être qu'elle pourra malgré tout nous aider un peu.

Lui, ça va. Franchement, il a été nickel pendant toutes les vacances, il a conscience d'avoir franchement passé les bornes et il s'applique à bien se conduire. On verra combien de temps ça peut durer, et si ça tient une fois que l'école recommence (cette semaine) et que l'afterschool reprend (la semaine prochaine).
On a changé radicalement notre politique de temps d'écran, il n'en a plus aucun par défaut, et c'est à lui de "gagner des minutes" en faisant des efforts pour se contrôler. L'avantage que j'y vois, c'est que quand ça commence à être compliqué, on réduit les écrans et du coup on passe plus de temps à interagir directement avec lui, à faire des choses ensemble, et à l'inverse quand ça va, on lui laisse l'opportunité de faire ce qu'il aime. C'est aussi un sacré facteur de motivation, et il dit que ça l'aide. Et enfin c'est modulable, ça permet de reconnaître un effort même s'il n'a pas porté ses fruits. On discute ensemble du nombre de minutes et de comment il veut les répartir sur la journée. So far, ça a l'air de plutôt bien fonctionner, on verra ce que ça donne sur la durée.

Mamie revient dans 8 jours de toutes façons, puisque ce sera mon gros week-end de garde. Deux fois le même mois, on va y prendre goût !

En même temps, il faut bien ça, les nouvelles du monde ne sont pas encourageantes, les jours rapetissent à vue d'oeil, il fait gris, humide et froid et les arbres perdent leurs belles couleurs. C'est le début du tunnel jusqu'à Décembre et les préparatifs de Noël (qui risquent d'être moins festifs et réjouissants cette année). Mais chaque chose en son temps.

vendredi 26 octobre 2018

Relaps

Voilà un mot qui m'intriguait beaucoup, quand on me parlait de Jeanne d'Arc, petite : hérétique et relapse. Ce qu'on traduirait de nos jours par récidiviste peut-être, ça veut dire retomber dans les travers qu'on pensait derrière nous.

Donc oui, la semaine dernière, Dragon1 nous a fait un gros gros relaps. Pour brosser le tableau, c'était une semaine de travail pour moi, en charge de la néonat, le jour où j'ai du intuber deux bébés, en transférer un, en exsuffler et poser un drain thoracique en urgence chez un autre : ce genre de semaine.
Peu de temps avant la fin de l'école, Dragon1 a commencé à s'énerver sur des soustractions qu'il ne pouvait/voulait pas faire. Au moment de quitter la classe et d'aller à l'after school, il a refusé de bouger, en criant, fermant les yeux, tapant du pied. Il a fallu pas moins de 3 maîtresses pour le bouger/traîner sur les 200 m qui séparent l'école de l'afterschool, et il a essayé de fuguer à plusieurs reprises.
Evidemment, je n'ai pas pu répondre au téléphone. Il a mis près de 2 heures à se calmer, il a perturbé tous les enfants. Nous avons été convoqués par l'école et par l'after school.

C'est vraiment très déroutant, en tant que parent, d'être pris à parti pour des faits dont on n'a jamais été témoins. Non, il ne fait pas ce genre de crises à la maison, non, je ne sais pas ce qui a fait que ce jour-là c'est monté à ce point, non, je n'ai pas de baguette magique pour vous promettre que ça ne recommencera jamais, non, je n'ai pas de recette à donner sur comment éviter ses crises.
L'école a dégagé 1 heure supplémentaire avec une enseignante spécialisée pour "le travail des émotions". L'afterschool l'accepte en sursis. A la prochaine crise, ils appellent les flics pour le calmer, et il est renvoyé.

Voilà. Maintenant j'ai plus qu'à me débrouiller pour que ça ne recommence pas, hein.

Très honnêtement, tout le monde est très gentil et bien embêté, et je comprends leur point de vue par rapport à sa sécurité et à celle des autres enfants (le laïus sur : ça nous fout la honte, on va avoir une mauvaise image, celui-là, en revanche, il était dispensable). Mais la réalité ça reste qu'on me demande de contrôler un truc qui justement est par définition, un moment de totale perte de contrôle. Je suis très déçue des psy, ils ne sont d'aucune aide. Je veux dire, je veux bien re-remplir tous les questionnaires du monde, et changer les étiquettes qu'on colle à mon fils, mais ce que je voudrais surtout c'est qu'on m'aide à l'aider et jusqu'à présent, je me sens très très seule.
Cette histoire va se finir par plein d'argent qu'on va aller dépenser dans le privé pour pouvoir avoir l'aide à laquelle il est sensé accéder depuis 2016, bordel !

Bref. La morale de l'histoire c'est je crois que rien n'est jamais acquis.

Avec tout ça, ça tombait plutôt bien que j'aie rendez-vous pour moi cette semaine aussi. Une dame gentille, qui a beaucoup secoué la tête, et m'a tendu des mouchoirs. 100 € pour pleurer une heure et m'entendre dire que c'est parfaitement normal que je craque vu tout ce que je porte, et que c'est con que j'aie pas plus d'amis quand même, et que je peux revenir pleurer avec elle dans 15 jours, vu que je peux pas pleurer ailleurs.

Enfin.

Y a quand même du positif dans tout ça. Dragon2 par exemple est vraiment nickel en ce moment et a même reçu un certificat de bonne conduite de l'école. Depuis le week-end dernier, Dragon1 est angélique, il cherche à se racheter. Nous avons supprimé tous les écrans, et il gagne des heures d'ordi/tablette en fonction de son comportement. C'est plus lourd pour moi, parce que je dois gérer son ennui, du coup, mais on en profite pour cuisiner ou plier le linge ensemble par exemple. Quoiqu'il m'arrive dans la vie, il saura faire cuire des boulettes de viande et plier des soutifs, c'est toujours ça de pris.

Mamie vient nous rendre une visite impromptue la semaine prochaine, du coup. J'ai trop râlé au téléphone. Mais c'est cool. On évite le centre aéré, et on pourra faire Halloween sans penser trop aux cimetières et à ceux qui y sont.

Et puis, MonsieurDragon a eu ses évaluations, et c'est très positif ! Punaise, ça fait du bien, je suis tellement heureuse que son travail soit reconnu à sa hauteur ! Avec un peu de chance, l'augmentation couvrira la hausse du loyer.

C'est jour de vote aujourd'hui, les maisons sont décorées, tous les enfants étaient déguisés à l'école ce matin, c'est le dernier jour avant les vacances. Les jours raccourcissent, on expose nos peurs et nos démons devant nos maisons, on leur offre des bonbons pour qu'ils ne reviennent pas nous hanter...

dimanche 7 octobre 2018

Un peu (beaucoup) de politique

Une fois n'est pas coutume, comme il y a des choses à dire, c'est parti pour un petit cours d'éducation civique irlandaise avec plein de mots en Irish dedans et mes premiers essais d'écriture inclusive...

Le 26 Octobre prochain, les citoyen.ne.s irlandais.es de plus de 18 ans iront aux urnes pour choisir leur prochain.e Président.e, Uachtaràn na hEireann (les accents ne sont pas tout à fait corrects, la faute à mon clavier français :)

Le/la Président.e fait partie de l'éxécutif, ici dénommé Oiréachtas, avec le parlement (Dàil) et le sénat (Seanad). Il/elle est élu.e pour 7 ans, renouvelable une fois. Pour se présenter, il faut être irlandais, avoir plus de 35 ans, être Président.e sortant.e, ou avoir le parrainage d'au moins 4 comtés ou 20 parlementaires/sénateurs.

A quoi sert le/la Président.e ? Officiellement, c'est le Chef de l'Etat et Chef des armées. En pratique, il fait ce que le Gouvernement lui demande de faire et inaugure des trucs. Un peu comme une Reine d'Angleterre, mais en Président, parce qu'on est irlandais, quand même, faudrait pas déconner. Il/elle habite dans une grande maison de 192 chambres au milieu des daims à Phoenix Park, touche un salaire d'environ 250.000 € / an avec autant de primes diverses et n'a pas le droit de quitter le pays sans l'accord du gouvernement.

Le Président actuel est Michael D Higgins, il a été élu en 2011 et se propose pour un second mandat. Il est très populaire, proche de la population avec des idées très sociales et humanistes, et il a une bonne tête de Leprechaun (franchement, il ne lui manque que le petit costume vert...). Les écoliers d'ici marquent dans leurs copies que le Président s'appelle Miggeldy, et ça lui va très bien :)



Se présentent également 5 autres candidats
- Peter Casey
- Gavin Duffy
- Sean Gallagher
- Joan Freeman
- Liadh ni Riada

A noter que les 3 hommes sont tous des candidats malheureux de la dernière élection (deux businessmen qui sont passés dans une émission de télé réalité où le but est de trouver des financements pour son projet et un politicien), une des femmes est Sénatrice et dirige une organisation caritative pour la prévention du suicide, l'autre a été investie par le Sinn Féin (seul parti à avoir plus de 20 représentants dans les deux chambres).

Les sondages donnent Miggeldy largement réélu autour de 70% des voix.

Et tant qu'à être aux urnes, on demandera aussi aux irlandais de se prononcer sur un changement à apporter dans la Constitution (oui, chaque changement dans la Constitution doit être approuvé par référendum, comme pour l'abolition de l'avortement par exemple). Actuellement, il est noté dans la Constitution que blasphémer en public est passable de sanctions. En pratique, il n'y a jamais eu de poursuites, mais pour pouvoir virer cette ligne de la Constitution il faut un vote populaire qui devrait passer largement.

L'année prochaine, aura lieu un autre référendum pour effacer la ligne qui dit que la place naturelle de la femme est au foyer et que l'Etat doit tout faire pour aider à l'y maintenir. (Eurgh, un cauchemar de féministe, et là ausi très loin de la réalité, mais qui s'explique quand la grande pauvreté à l'époque où la Constitution a été écrite obligeait les femmes et souvent les enfants à travailler pour subvenir aux besoins de tous.)

C'est peut-être pas évident à voir de l'extérieur, mais la société irlandaise est en pleine mutation, elle se défait de son manteau de "catholiques opprimés enfin au pouvoir" et les irlandais actuels sont de moins en moins portés sur la religion. Les nombreux scandales d'abus de pouvoir ou d'abus pédophiles liés à l'Eglise Catholique y sont pour beaucoup, ainsi qu'une tendance plus "moderne" où les vues de l'Eglise ne correspondent plus à la société. (D'où le vote massif en faveur du mariage homosexuel ou de l'avortement). La visite du Pape cet été a d'ailleurs été un flop monumental, pas seulement à cause de l'organisation pourrie ou de la météo, mais juste parce que les irlandais n'entendent plus se faire dicter leur vie par des prêtres.

Une nouvelle sans doute passée inaperçue à l'étranger mais qui va révolutionner les choses ici est l'adoption jeudi dernier par le Dail d'une loi interdisant aux écoles primaires catholiques (> 90 % des écoles) de donner préférence aux recrutements sur la base de la religion. En gros, ça veut dire que le certificat de baptême ne peut plus être demandé comme pré-requis pour rentrer à l'école primaire. Les écoles sont encore libres de leurs autres critères de recrutement, et d'intégrer le catéchisme dans leur programme, mais ne peuvent pas reléguer sur liste d'attente un enfant uniquement parce qu'il n'est pas baptisé.
C'est une petite révolution, et comme une grande majorité d'irlandais ne font plus baptiser leurs enfants que pour être sûrs qu'ils aient une place à l'école du coin, on devrait assister à une chute du nombre de baptêmes, et peut-être une augmentation du nombre de personnes s'affirmant "sans religion". Les autres écoles religieuses minoritaires ne sont pas affectées, ni bien sûr les écoles telles que la nôtre qui sont multiconfessionnelles et ne réclamaient déjà pas de certificat. Notons que ça ne concerne pas le secondaire pour l'instant.

Autre révolution, longue à venir celle-là, l'Anti-Alcohol Bill, telle qu'elle est nommée ici, la loi anti-alcool vient de passer après plus de 3 ans de délibéré !! C'est une sorte de loi Evin de l'alcool, qui restreint la pub, durcit les punitions pour l'alcool au volant, interdit aux clubs sportifs d'être sponsorisés par le pub local, et la vente d'alcool sans licence. C'est également une partie de l'identité irlandaise que l'on remet en cause ici et les représentants des comtés ruraux ont été les plus actifs à tout faire pour retarder son passage, tant il semble impossible que le club de foot local ne puisse pas vendre de la bière lors du match des poussins du samedi pour se faire des sous. A côté de ça, l'interdiction aux pubs d'ouvrir le Lundi de Pâques a été levée seulement l'année dernière, et il est toujours impossible de payer sa canette au supermarché avant 10h30 (ou 11h le dimanche...) Les irlandais ont vraiment une relation à l'alcool compliquée.

Concernant notre école enfin, on vient d'apprendre en lisant le journal que Teagasc (l'organisme de recherche agricole qui sous-loue ses locaux à l'école) vient d'obtenir une autoriation de mise en vente pour ses terrains situés à Kinsealy, dont une partie au moins devrait devenir zone résidentielle. Concrètement, ça veut dire deux possibilités pour nous :
1 - le Ministère de l'Education rachète le terrain, en vend une partie pour y construire des maisons, et garde l'école à son emplacement actuel, notre emplacement provisoire devant alors notre lieu définitif.
2 - un investisseur quelconque rachète le terrain, donne à l'école son avis d'expulsion, et d'ici quelques mois les profs et les élèves se retrouvent à la rue comme nous l'an dernier... Tous les travaux effectués pour mettre les classes aux normes seront du fric jeté en l'air, et ceux en cours pour réaliser une zone de "dépose minute" à l'arrière de l'école ont de forts risques de s'arrêter du jour au lendemain... Il faudra retrouver en catastrophe un local temporaire pour 200 enfants et une vingtaine d'adultes, à moins bien sûr que le Board of Management nous sorte un emplacement définitif de son chapeau magique d'ici là...

Bref, l'assemblée générale des parents d'élèves de la semaine prochaine promet d'être animée...


jeudi 27 septembre 2018

Septembre

Septembre... 3 ans de vie irlandaise déjà. C'est à la fois peu et beaucoup.

L'école a repris. Premier rendez-vous avec la maîtresse de Dragon1 (plus pour faire connaissance et parler de ses particularités, elle ne lui reproche pas grand-chose pour l'instant), première discussion "informelle" avec la maîtresse de Dragon2 (qui bouscule ses camarades et essaie de les mordre...) Très franchement, des fois, j'aimerais savoir ce que c'est que d'être une maman anonyme, une de celles dont les maîtresses ne connaissent pas la tête. J'imagine qu'avec deux dragons rayés c'est pas possible.

L'automne a commencé. Ali est passé il y a 15 jours, la première tempête de la saison, courte mais intense. Plusieurs arbres arrachés dans le voisinage, l'école fermée plus tôt, mais rien de trop sérieux. On a ressorti les manteaux d'hiver parce qu'il fait frisquet le matin.

A l'hôpital, c'est le retour des asthmes et des gastros. Mon co-docteur, celui dont je complète le mi-temps, a officiellement donné sa démission. Ca signifie que dans 3 mois mon contrat devient caduc, puisque je suis embauchée à durée indéterminée mais pour la tâche spécifique de compléter son 50 %. J'ai une grosse pression de la part du chef de service pour passer à 100 %, mais très honnêtement, je ne m'en sens pas capable. Et je n'apprécie pas particulièrement les remarques de mes collègues sur le côté "cool" du mi-temps. J'ai pas l'impression de me la couler douce, et ça me blesse qu'on puisse le sous-entendre. Et j'ai pas envie de devoir justifier ma décision avec un petit sourire gêné ("mon mari travaille beaucoup, les rendez-vous des enfants, toussa..." ) J'aimerais avoir assez de gueule pour juste leur dire "Deal with it".
Professionnellement, c'est encore une belle opportunité à laquelle je vais tourner le dos, et en même temps, plus j'observe le monde, plus je me dis que j'ai les moyens de dicter mes conditions. J'ai mis mon CV à jour, et franchement, il est honorable.

Il me reste à déterminer où et comment je veux exercer, quel avenir on donne à notre famille, de quelles ressources nous avons besoin pour (enfin) nous établir. Easy peasy.
En attendant, j'imagine que l'administration sera contente de renouveller mon contrat de Temporary Consultant, (même à mi-temps, vu que 50% c'est toujours mieux que rien) en attendant que se présentent les innombrables candidats pour les 3 postes encore à pourvoir...



dimanche 2 septembre 2018

Rentrée des classes

J'ai toujours eu l'impression que l'année commençait davantage à la rentrée scolaire qu'au premier janvier.

Parce que c'est le moment de recommencer, de reprendre les activités, de prendre de bonnes résolutions, de changer d'organisation. Peut-être aussi parce que ça suit juste mon anniversaire et que ça correspond à une année de plus.

Quatrième rentrée irlandaise pour nous donc. L'école grandit de façon exponentielle. De 2 classes et 40 enfants la première année, nous sommes maintenant 8 classes et 206 enfants ! Plus de personnel aussi, et donc 3 nouvelles maîtresses cette année, et 2 d'entre elles auront le privilège d'enseigner à mes zozos ;) En même temps, le nombre d'élève se multipliant, leurs particularités s'atténuent un peu si je puis dire...
Pour Dragon2 en tous cas, tout s'est passé nickel. Il a eu besoin d'emmener un doudou, mais une fois rassuré, aucun souci.
Plus compliqué pour Dragon1, très nerveux. Heureusement, la maîtresse a su comment l'approcher, il y avait une SNA disponible pour l'accompagner aussi, et ses copines de classe l'ont encouragé. Au final, il était ravi de cette première journée.

On a commencé le français ce week-end, par petites touches histoire de ne pas se dégoûter trop vite. La piscine reprend dans 15 jours.

Une nouvelle année qui commence. Le quotidien est rassurant, il aide à garder de la stabilité quand la visibilité à long / moyen terme est encore si floue...


samedi 11 août 2018

Août

3 semaines déjà que j'ai laissé les dragonnets en France, aux bons soins de leur Mamie et grands-parents paternels. C'est long, d'autant que Dragon2 était malade le jour où je suis partie (gastro), c'était très difficile de le laisser, et qu'il a enchaîné sur une otite pour bien faire...
Enfin, depuis on dirait qu'il a retrouvé la forme et il profite à fond de ses vacances, ce qui est le plus important.

Pour ma part, j'ai repris par dix jours consécutifs à l'hôpital dont les 3 derniers en garde, suivis dans la foulée de la pose d'implant sur la Tooth of Doom (la fameuse, celle que j'ai du repousser parce que j'avais enterrement...)
Après tout ça, Monsieur Dragon et moi on avait bien mérité quelques jours de repos, et on a profité de n'être qu'entre nous pour se faire une escapade dans le Sud de l'Irlande (Wexford puis retour dans le Kerry)






C'était très bien, vraiment relaxant. Je confirme que le Kerry et le Beara sont des régions magnifiques, sauvages, qui parlent à mon coeur. C'était cool de pouvoir prendre le temps de flâner, de remettre le pied à l'étrier pour une petite heure d'équitation (et constater au passage qu'on a vieilli et perdu muscles et souplesse), de profiter sans complexes du sauna, de la piscine et du jacuzzi. Nous avons terminé sur un excellent repas gastronomique (mmm, le capuccino de cêpes et le foie gras à la gelée de Tariquet...) avant de regagner la maison (calme, si calme...)

Il y a du mouvement à BigCompany. Ils vont restructurer les équipes, et comme Monsieur Dragon commence à faire figure de sénior avec ses 3 ans d'ancienneté, il s'est proposé pour être formateur des nouvelles recrues. Concrètement, ça veut dire qu'il va voyager davantage au cours des mois qui viennent, entre New York, Seattle et la Californie.
De mon côté, pas de changement. Mon binôme tente de trouver des pistes pour que quelqu'un reprenne son activité d'allergologie, et le chef de service et l'administration font admirablement l'autruche. Je crois que tout le monde part du principe que je vais tout assurer, sans cependant oser me poser la question de peur que je dise non. Bref, à la rentrée, il faudra sans doute que je mette les choses au clair.

La rentrée cette année me fait peur. Dans l'optique d'un retour en France à court / moyen terme, nous avons inscrit les dragonnets aux cours de français par le CNED, histoire de ne pas revivre la grande déstabilisation que nous avons vécue en arrivant ici. Mais plus les documents arrivent, plus je me dis que je n'y arriverai jamais.
1h30 de français par jour pour Dragon2, 8h par semaine pour Dragon1 !! Mais ils marchent sur la tête. Je galère déjà pour leur faire faire 20 minutes de devoirs faciles, je n'ai aucune idée de comment je vais réussir à faire bosser les deux surtout vu leurs difficultés.
Le niveau des trucs demandés me paraît adapté pour Dragon2, mais clairement compliqué pour Dragon1 qui a 4 ans de retard sur le programme... Et puis sincèrement, qu'est-ce qu'on en a à faire si c'est une conjonction ou une préposition ? Je trouvais déjà ça débile en primaire, ça ne s'arrange pas avec l'âge, et je sens qu'il va être difficile de passionner les enfants avec le sujet... :/
En même temps, c'est la preuve que c'est nécessaire, et peut-être même un peu trop tard.

Quand je pense au système de santé, à l'Education Nationale, aux mentalités en France, je me demande pourquoi on veut rentrer... Ah oui, la famille. Et aussi un peu le coût de la vie. Moi mon rêve, ce serait une maison au toit de chaume dans le Kerry. Plus modeste qu'un château, et tout aussi impossible.

On verra comment Dragon2 s'adapte aux horaires plus longs et au côté plus "formel" de la 1st class, quant à Dragon1 j'attends de voir ce que va donner l'afterschool, qui était bien compliqué en fin d'année. J'ai acheté un casque "anti-bruit" pour qu'il puisse s'isoler, j'espère que ça suffira. Entre le français et les difficultés en collectivité, j'espère ne pas avoir à arrêter complètement de travailler. Après avoir été inscrit à l'équivalent local du SESSAD en novembre 2016, il devrait finalement être évalué par la psychologue à la rentrée. Ca ne fait jamais que 2 ans d'attente. Tu penses bien que les choses ont complètement évolué depuis, mais enfin on ne va pas cracher sur un peu d'aide.

Financièrement, on a plutôt besoin d'assurer nos arrières et de mettre de côté vu l'incertitude ambiante. L'argent ne fait pas le bonheur, certes, mais quand on n'a pas à s'en préoccuper, c'est quand même plus simple d'organiser sa vie comme on l'entend, hein.
Je suis sidérée par ces familles qu'on a vues qui passent 2 semaines à 4 en hôtel de luxe avec des activités tous les jours. On ne grandit clairement pas dans le même monde.

Bref, j'ai beaucoup d'interrogations et d'angoisses, je suis assez pessimiste sur l'avenir de notre société et de notre planète, mon Papa me manque, avec qui il était facile de discuter de tout ça même quand nos avis ne concordaient pas.

Dans trois jours je prends l'avion au petit matin pour retrouver mes enfants. Je pense que ça ira déjà mieux quand j'aurai pu les serrer contre moi.